La Plume du Circaète, August 2010 – simplified text for rough approximate translation to →

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Sommaire Suivi / Conservation 2 Synthèse nationale 2009 2 Parc national des Cévennes 3 Puy-de-Dôme 6 Franche-Comté 7 Hautes-Alpes 8 Bretagne 9 Bouches-du-Rhône 9 Dangereuse capture des reptiles 10 Observations dans l’Hérault 13 Menaces 21 Tirs et électrocutions 21 International 22 Les circaètes en Ukraine 22 Histoire d’un circaète captif 24 Sensibilisation Convention LPO/ONF en Isère Rencontres des réseaux Un réseau aigle botté Un dépliant circaète ? Hommage à Françoise Gérardin Rapaces de France 26 26 27 27 28 28 28 Edito n° 8 – Août 2010 Question de détails Il y a les traits généraux, et il y a les détails… Souvent, nous accordons de l’importance aux premiers et nous taisons les seconds – ou, du moins, insistons-nous sur les généralités, soucieux que nous sommes d’exprimer notre élévation et notre respectabilité. Pourtant, la vie ne consiste-t-elle pas en une somme de détails ? Ces détails, ne nous poussent-ils pas à une quête inlassable par tous types de temps, dans tous types de milieux et de reliefs ? Qui n’a pas éprouvé une satisfaction intense au regard d’une attitude ou d’un comportement jusque-là ignoré ? Dans ses collines du piémont méridional du Massif central, au cœur du biome méditerranéen, Jean-Pierre Ceret est un de ces amateurs – ceux qui aiment -, de ces collectionneurs de détails de la vie du Circaète. Son expérience, son sens de l’observation, sa science du terrain font de lui un fin connaisseur du Grand blanc. Dans le numéro présent, Jean-Pierre nous livre quelques-uns de ses trésors. Non seulement il nous instruit, mais également il nous fait rêver. Rêver de Sud, de chaleur, de chênes verts. Rêver du Circaète – l’ooussé d’Oc, oiseau occitan s’il en est -, et bien sûr, rêver des détails de la vie. • Bernard Joubert La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 1 Suivi Conservation Bilan des suivis en 2009 L’engouement pour le circaète ne mollit pas. En effet, depuis le début du suivi en 2002, le nombre d’observateurs augmente constamment. De 144 en 2008, il est passé à 154 en 2009, soit une progression de 5 %. Celui des journées de surveillance connaît, quant à lui, une progression encore plus forte, avec + 11 % entre 2008 et 2009. Les 343 couples contrôlés en 2009 (330 l’année précédente) représentent 13 % de l’effectif national. Répétons que le suivi mené en France n’a pas d’équivalent ailleurs en Europe. Continuons donc sur cette voie, d’autant que notre pays héberge le tiers de l’effectif ouest européen.Le taux de réussite de 2009 est quasi identique à celui de 2008 (0,56). Il coïncide avec celui calculé depuis 2002, toutes données confondues : en 8 ans, 1 932 couples contrôlés ont donné 1 059 jeunes à l’envol, soit une réussite globale de 0,55. A nouveau, on constate cette saison une grande disparité de réussite d’une région à l’autre. Ainsi, elle s’avère particulièrement faible en Limousin, Pays de la Loire et Bourgogne (inf. à 0,40), et médiocre en région Centre et Languedoc-Roussillon (0,40 à 0,50). Par contre, elle a été excellente en Aquitaine où 9 couples sur 10 donnent un jeune. Les oiseaux de la façade atlantique ont connu un succès peu banal (Gironde, Charente-Maritime). En PACA, Poitou-Charentes et, dans une mesure moindre, Auvergne, la reproduction aura été bonne (taux de 0,64 à 0,78). Ailleurs (Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes), elle tourne autour de la moyenne annuelle globale. Les rares couples surveillés en limite d’aire de répartition (Ile-de-France et Franche- Comté) n’ont pas connu de succès cette année. • Bernard Joubert 2 Région Départements Dordogne Aquitaine Gironde Lot-et-Garonne Haute-Loire Auvergne Puy-de-Dôme Côte d’Or Bourgogne Saône-et-Loire Loir-et-Cher Centre Loiret Franche-Comté Jura Ile-de-France Aude Gard (Gorges Languedoc- Gardon) Roussillon Hérault Lozère et Gard Corrèze Limousin Creuse Ariège Haute-Garonne Lot Midi-Pyrénées Haute-Pyrénées Tarn Tarn-et-Garonne Pays de la Loire Maine-et-Loire Charente-Maritime Poitou- Charentes Vienne Bouche-du-Rhône Provence-Alpes- Var Côte d’Azur Hautes-Alpes Alpes-Maritimes Isère Rhône-Alpes Loire Haute-Savoie Total 2009 La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 Couples Jeunes à Surveillants Journées de contrôlés l’envol surveillance 4 4 4 10 23 20 2 – 1 1 1 1 23 17 3 30 10 4 7 18 7 1 7 20 6 4 4 50 14 7 4 15 9 3 1 15 1 0 3 12 1 0 / / 16 6 9 48 12 5 / / 29 15 3 52 49 20 22 110 9 2 10 28 2 1 3 5 4 2 4 5 31 16 6 35 4 2 2 8 7 4 7 20 3 1 2 3 4 1 4 18 10 9 2 17 4 1 7 30 8 8 2 32 15 12 26 134 3 1 / / 28 18 6 115 2 2 3 10 3 0 / / 343 187 154 841 Bilan 2009 dans les Cévennes Suivi de la reproduction Aux auteurs que des poteaux d’une ligne à haute-tension étaient en cours de En 2009, les pontes s’étalent remplacement. Les nombreux régulièrement entre le premier et héliportages et la présence de le 20 avril (17cas). Nous avons camions à proximité de l’aire ont relevé deux pontes en mai au dû effrayer le couple en place cours de la première décade mais avec probablement la ponte déjà rien dans la seconde. Malgré cette déposée. Un couple des gorges du répartition favorable des pontes, Tarn a soudainement abandonné le taux de reproduction continue son aire en cours de construction de s’infléchir pour frôler la barre pour rechercher un nouveau site critique des 0,40. Nous espérons quelques centaines de mètres en que ce troisième cycle descendant, amont (nous ne savons pas si la amorcé en 2007, laissera la place ponte avait été déposée). Il n’y a à un soubresaut en 2010 et que la pas eu de ponte de remplacement, productivité remontera à un haut ni même de nouvel arbre choisi, niveau, comme en 1995 et 2006 malgré des visites assidues de la La quantité importante d’échecs part du couple sur plusieurs pins indéterminés cette année tient de la zone le 04 mai. probablement aux pertes précoces de l’œuf au cours de l’incubation Suivi individualisé ou à des abstentions (pas de ponte du tout) difficiles à diagnostiquer. Les séances de baguage se sont déroulées entre le 21 juin et 20 Beaucoup de vent et d’humidité juillet. Nous avons bagué 20 cette année encore, perturbèrent poussins à l’aide des bagues le mois d’avril. La première muséum et posé 19 marques quinzaine de mai a été très moyenne sans atteindre toutefois individuelles (bagues colorées). les conditions catastrophiques de En 2009, ce sont 324 poussins l’an dernier. Ceci confirme bien, qui ont été bagués depuis le une fois encore, l’importance des début de notre programme sur la zone d’étude; 265 de ces oiseaux conditions météorologiques au portent en plus une combinaison cours de cette période délicate. colorée individuelle. Depuis Les perturbations venant du sud 1998, date du premier oiseau ont affecté toute la zone d’étude observé porteur d’une marque cette année. issue de notre programme, nous 19 des 29 échecs constatés cette avons récolté 55 observations année sont indéterminés. Les 10 de circaètes bagués, 44 ont causes identifiées sont : quatre abstentions, deux chutes de l’aire, abouti à l’identification des deux prédations, un œuf clair, un oiseaux et correspondent à 29 individus différents (certains dérangement. Le dérangement ont été observés plusieurs constaté s’est produit alors Afin d’assurer une bonne tenue à notre bulletin, il est demandé aux auteurs d’éviter les longueurs poétiques, les descriptions lyriques, les narrations des états d’âme et des comportements personnels. Pour que chacun puisse disposer d’une place, les textes doivent être clairs et concis. Enfin, il convient de distinguer les nouvelles anecdotiques – à relater brièvement – des articles de fond, forcément plus longs. Quant au fond, ce bulletin est ouvert à toutes les opinions, sans restriction aucune. • Bernard Joubert bern.circa43@orange.fr fois). Compte tenu de la faible pression de baguage, ces résultats sont assez satisfaisants et encourageants. En 2009, nous avons sept observations d’oiseaux bagués. Deux d’entre elles concernent des circaètes portant uniquement une bague métallique et vus à distance, aucune identification n’est donc possible (observateurs R. Barraud et JP. Malafosse). Deux autres données sont issues de lectures incomplètes de la combinaison et offrent plusieurs possibilités quant à l’identité de l’oiseau. Les trois dernières données permettent d’identifier les oiseaux individuellement. Il s’agit d’un circaète observé pour la deuxième fois et de deux nouveaux individus. L’oiseau réobservé : En avril 2002, nous observions pour la première fois un circaète bagué par nos soins s’installer comme nicheur. Il s’agissait d’une jeune femelle de trois ans baguée en 1999, venue sur un site de nidification situé à 14 km de son lieu de naissance. Cet oiseau nous a renseignés sur l’âge de première reproduction, le retour non loin du lieu de naissance (philopatrie) et les difficultés La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 3 ne reste pas forcément sur le site pour de nombreuses années et qu’une disparition n’est pas due forcément à la mort d’un oiseau. L’arrivée d’une femelle de huit ans sur un autre territoire des Cévennes (rapport d’activité 2003), semble démontrer que ce fait n’est peut-être pas exceptionnel chez un oiseau toutefois réputé fidèle à son couple et au site de nidification. Les deux nouveaux contrôles pour 2009 Une photographie prise La femelle identifiée en mai 2009. Photo : L.Vallotton en Italie dans la région de Cunéo par Pier Luigi Beraudo montre une combinaison colorée, parfaitement pour un animal inexpérimenté d’accéder au statut de parent (voir lisible, correspondant à celles que nous avons posées en 2008. rapport de l’année 2002). Outre L’oiseau présente un plumage une date de ponte tardive et des juvénile typique, ce qui est en difficultés lors de l’incubation accord avec la combinaison de l’œuf, la mort du poussin est colorée. La photo a été prise survenue en début de période début septembre, ce qui n’exclut d’élevage. Nous avions attribué cet échec à la mort potentielle de pas un baguage effectué en 2009 en Italie car il existe des la femelle, car l’année suivante opérations de baguage du circaète elle était remplacée par une dans ce pays mais sans suivi du autre non baguée et nous ne programme sur cr.birding. Il est l’avons jamais revue. En mai donc impossible de connaître les dernier, L.Vallotton observe un circaète en chasse sur les pentes combinaisons utilisées. Avant de valider cette donnée, nous allons du causse Méjean et réussit une série de clichés remarquable qui nous renseigner sur un baguage nous permettent d’identifier sans éventuel dans la région de Cunéo. Si cet oiseau est bien issu de la ambigüité cette femelle, grâce population cévenole, se sera le à la combinaison colorée quelle porte toujours ; la couleur de son plumage est bien en accord avec les résultats issus des recherches actuelles sur la différenciation des sexes. La date nous permet de penser que l’oiseau ne couvait pas à ce moment là (échec de reproduction probable ou oiseau non cantonné). Quatre couples sont connus sur cette zone. En 2009, trois ont échoué et nous n’avons pas pu repérer si cet oiseau faisait partie de l’un de ces couples. Ce sera une priorité L’individu identifié en Italie. pour 2010. Cette expérience nous Photo : P. Luigi Beraudo montre qu’un oiseau cantonné 4 La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 premier oiseau revu en première année de retour d’Afrique (hors Espagne). La dernière information récoltée grâce au baguage, concerne un jeune de l’année retrouvé blessé au bord d’une route. L’oiseau a probablement été percuté par un véhicule quelque temps après son envol (il avait 120 jours). Conduit au centre de soins de Millau il ne sera pas relâché pour la migration d’automne. Cette donnée nous indique que bien des déboires peuvent arriver à « nos » oiseaux avant le départ en migration. C’est le troisième jeune en trois ans qui ne part pas. Les deux autres jeunes retrouvés morts ont été victimes d’une électrocution et d’une cause indéterminée grâce à une patte retrouvée à quelques centaines de mètres de l’aire (prédation?). Le cas n’est donc pas exceptionnel et cela pourrait affecter 3 à 7 % des oiseaux juste après l’envol (d’après nos données de baguages). Si l’on rajoute les oiseaux trouvés morts ou blessés en Espagne, ces chiffres pourraient atteindre 12 à 18 % pour ceux qui n’atteignent pas l’Afrique. Un bien lourd tribut qui demandera d’être précisé dans l’avenir par des données supplémentaires. En tout cas, ces observations nous imposent d’être assez rigoureux dans la détermination des âges de départ en migration. L’absence définitive d’un jeune sur le site ne veut pas dire qu’il soit parti en migration de manière anticipée… Observations comportementales Deux mâles sur le site. En 2007, nous avions démontré un cas de polygamie par l’observation d’un mâle bagué, s’accouplant avec deux femelles et rechargeant une aire avec chacune d’elle, sur deux sites de nidification proches. Les femelles, réputées pour défendre avec énergie le site de l’aire, sont-elles toujours fidèles à leur conjoint ? « Le 31 mars, nous retournons pour la quatrième fois sur un site reculé des Cévennes. Vers 10h20, deux circaètes volent dans le bas du vallon et vont se poser dans des pins déjà fréquentés furtivement il ya deux jours et plus particulièrement un pin sylvestre en partie caché. A notre grand étonnement, le mâle présent ne correspond pas à celui que nous connaissons depuis des années et que nous appelons « collier interrompu », ce dernier étant reconnaissable à sa poitrine traversée par une ligne blanche caractéristique. Ce nouvel individu est plus contrasté avec un plumage assez proche de la femelle sans toutefois être aussi sombre. Pas de trace de « collier interrompu » vu il ya deux jours. Le mâle s’envole et va chercher une branche qu’il rapporte au nid. Il repart, casse une branche et cette fois va la déposer à la cime d’un grand Pin maritime cassé par la neige. Il repart et monte se percher sur un pin tout en haut du site. La femelle le rejoint. Tous deux prennent une branche et chacun va la déposer dans son nid. Le mâle rejoint la femelle à l’aire. La femelle sort presque immédiatement et se perche. Il la suit, se perche à côté d’elle et s’accouple en sautant sur son dos. 10h50, les oiseaux partent chasser au loin. 11h15, grands cris de circaète à l’extrême droite du site. Un circaète arrive avec un serpent dans le bec, suivi de deux autres plus en arrière. Le circaète avec le serpent vole directement vers le site et va à l’aire chargée par la femelle. Cette dernière suit, accompagnée du deuxième mâle. Elle fait demi-tour, et le raccompagne loin à droite du massif forestier. Le mâle (collier interrompu) ne voyant personne arriver quitte l’aire et orbe en attente avec le serpent dans le bec. La femelle réapparaît seule. Il l’entraîne à l’aire et lui offre sa proie comme c’est la coutume chez cet oiseau : sur le nid de l’année ». C’est bien cette aire et non celle construite par le deuxième mâle qui a abrité le poussin cette année. Nous ne savons pas si cet accouplement est un simple acte d’adultère ou la constitution d’un trio avec la participation des trois oiseaux à l’élevage du jeune. Changement du mâle dans un couple Cette année nous avons un nouveau mâle dans un couple suivi de longue date. Ce couple était caractérisé par une femelle très contrastée de petite taille et d’un mâle clair de grande taille. Une bonne « complicité » était installé au sein de ce couple et l’observation chaque année ne posait aucun problème, la recharge de l’aire étant régulièrement effectuée sur des arbres habituels. Quelques dizaines de minutes suffisaient pour découvrir l’emplacement de l’aire de l’année. Cette année les choses ont changé et il m’a fallu pas moins de quatre matinées d’observation, entre le 19 mars et le 1er avril, pour être sûr de l’aire qui allait être prise. La suite relate les quelques points des comportements observés durant ces quatre sorties matinales. « Le 19 mars, le mâle rate un accouplement. A la suite de cet échec, les oiseaux sont perchés à quelques mètres, cous tendus, l’air un peu crispé. Ensuite, le mâle construit une aire dans un arbre inhabituel. La femelle charge une aire connue dans un gros Pin sylvestre. Chacun s’occupe de son aire puis les oiseaux partent chasser. Le 20 mars, les oiseaux volent de long en large sur le site puis chacun s’occupe de son aire. Pas de relation étroite ce jour. Le 25 mars, les oiseaux prennent des brindilles mais ne chargent pas les aires. Le mâle tente un accouplement mais échoue. Il se pose un peu en contrebas de la femelle. La femelle s’envole et fonce, de manière un peu agressive, sur le mâle qui est obligé de quitter son perchoir. Les circaètes partent chasser et je ne suis toujours er pas fixé sur l’aire choisie. Le 1 avril, la femelle va à l’aire du gros pin et le mâle la suit. Il y a sans doute un accouplement trahi par des battements d’aile. Le mâle sort de l’aire et se perche sur le berceau de la branche. La femelle sort à son tour et se retrouve face au mâle à quelques centimètres de sa tête. Ce dernier surpris, tend le cou en position d’apaisement et les oiseaux restent ainsi figés et tendus face à face pendant d’interminables secondes. La femelle décide de rompre cette situation en lui donnant une volée de coups de bec, ce qui repousse le mâle à une distance plus acceptable. Le mâle finit par s’envoler, la femelle recharge l’aire. » Je n’ai pas été surpris de constater un échec de reproduction chez ce couple qui va devoir travailler sa cohabitation. Ces observations illustrent et recoupent les données de B. Joubert qui nous a décrit il y a quelque temps déjà, le comportement complexe des circaètes et la période d’habituation obligatoire pour qu’un couple, même déjà formé de longue date, atteigne l’harmonie nécessaire à la reproduction. Protection La création d’une piste sur un site de nidification des Cévennes s’est accompagnée du maintien d’un périmètre de quiétude. La création de la piste en dehors de la période de nidification et la mise en différé des travaux de finition, ont permis aux circaètes de mener à bien leur reproduction. Nous remercions l’Office national des forêts qui s’est chargé de l’organisation et du suivi des travaux. Une gestion de la zone devra maintenant permettre de pérenniser la présence des circaètes en ne modifiant pas excessivement le site immédiat de l’aire. • Jean-Pierre et Isabelle Malafosse Parc national des Cévennes jeanpierre.malafosse@cevennes- parcnational.fr La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 5 Bilan 2009 dans le Puy-de-Dôme Le circaète fait l’objet d’un suivi régulier dans le Pays des Couzes dans le sud du département depuis quelques années maintenant. De plus, deux couples localisés sur la vallée de la Sioule dans l’ouest du département sont eux aussi régulièrement suivis. Cette année, pour réaliser ce bilan, nous avons intégré les données de nos suivis personnels dans le Pays des Couzes, les données fournies par R.Riols et M.Clément pour les deux couples de la Sioule (et un site sur la Dordogne) et nouveauté, les données issues du site internet faune-auvergne.org qui permet la saisie en ligne des observations ornithologiques. Ce bilan aura donc cette année valeur d’une photographie plus générale sur l’espèce dans le département au cours de cette année 2009, même si ce sont les secteurs habituellement les mieux suivis qui offrent le plus d’informations sur la reproduction et sa réussite. En 2009, le circaète a été contacté sur 77 communes du département. L’immense majorité des données provient du secteur des Couzes au sens large, ainsi que du Massif du Sancy et du Cézallier. Des données proviennent donc aussi de la vallée de la Sioule, mais également quelques-unes sur la vallée de la Dordogne. Enfin, l’espèce a été contactée à l’est de l’Allier, que ce soit au contact direct de ce dernier (secteur de Manglieu, Mirefleurs…) mais aussi dans le Forez avec deux données. Au total, 296 données de circaète sont disponibles sur faune-auvergne en 2009. Phénologie Le premier oiseau a été cette année observé le 7 mars 2009 à Charbonnier-les-Mines par D. Pages (in faune-auvergne). Rappelons que le retour du circaète s’effectue en général en Auvergne entre le 10 et le 15 mars (Bernard et Riols, in 6 prep.). L’occupation des sites de nidification est réelle et régulière à partir de la deuxième quinzaine du mois de mars comme d’habitude. La dernière observation a été effectuée le 10 octobre 2009 à la Montagne de la Serre avec un individu en migration (Groupe jeunes LPO in faune-auvergne) et à Creste (collectif d’observateurs suivant la migration des oiseaux) avec un individu en migration active (le même ?), et un autre individu encore en chasse localement. Ceci correspond à une période de présence dans le département de sept mois complets quasiment jour pour jour. On remarque l’augmentation assez rapide du nombre de données après l’arrivée des oiseaux, puis un premier creux en avril avant une augmentation brutale du nombre de données en mai essentiellement due à une augmentation de la pression de suivi dans le Pays des Couzes. Enfin, le nombre élevé de données sur la dernière décade de juillet, les trois décades d’août et sur la première décade de septembre (111 données sur 296, soit 37,5%) correspond à la fois à une période où l’observation des oiseaux est plus facile (envol des jeunes, début de dispersion, moindre discrétion…) mais aussi à la présence d’observateurs sur le site de Creste pour le suivi de la migration qui ont noté de manière quasi-journalière l’espèce sur cette période. qui ont pu être observés simultanément dans le champ de vision (après l’envol des jeunes), le site permettant d’avoir une vue sur les territoires d’un minimum de six couples territoriaux (Résultats de ce suivi sur le site www.migraction.net). Nidification Le Pays des Couzes et la vallée de la Sioule sont les deux seuls secteurs qui apportent des données certaines de reproduction, exception faite d’une donnée récoltée au hasard sur la vallée de la Dordogne (femelle couvant, pas de donnée sur la réussite, aire localisée par la suite), ce qui offrira peut être pour les années à venir un autre secteur suivi. Vallée de la Sioule Sur cette vallée, les deux couples connus sont cantonnés et entament normalement leur nidification. Pour une raison inconnue, la nidification échoue sur un site pour la troisième année consécutive sur la même aire (après une série de quatre années productives), le deuxième couple emmenant un jeune à l’envol (observé sur l’aire le 17 août et posé à proximité le 19 août). Deux observateurs ont assuré 20 heures de suivi pour ce secteur (R. Riols et M. Clément). Pays des Couzes Dans le Pays des Couzes, le suivi a été moins précis cette année, faute de temps. Ce sont les Migration vallées de la Monne, de la Couze Sur le site de Creste, dans le Chambon, de la Couze Pavin et Pays des Couzes, le suivi de la de la Couze de Valbeleix qui ont migration a permis l’observation fait l’objet de ce suivi. Seuls sept de 10 individus en migration couples sur les 13 habituellement active, ce qui est un effectif contrôlés ont été observés sur leur assez élevé pour la région. Pour territoire respectif. Un minimum mémoire, l’espèce est considérée de trois jeunes à l’envol est comme « occasionnelle » en observé par des couples qui se migration active en Auvergne sur reproduisent régulièrement depuis les sites de Prat-de-Bouc et de la des années (respectivement Montagne de la Serre. nidification réussie depuis un, Notons que sur ce site, ce sont trois et trois ans). A noter que jusqu’à 14 circaètes différents sur un quatrième secteur, des La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 Le circaète est de retour en Franche-Comté ! ravitaillements ont été observés sans qu’il soit toutefois possible de préciser le résultat de la nidification. Un petit groupe de cinq observateurs ont fourni la plupart des éléments de suivi (C.Lajoie, M. Bernard, T. Bernard, L. Girard et L. Guillaud), soit environ 120 heures de suivi cumulées pour ce secteur. De nombreuses données éparses ont de plus été saisies sur faune-auvergne dans cette zone géographique et recoupées avec les données du groupe. moyenne plus élevée que les sites de nidification, le nombre d’observations au-dessus de 900 mètres (n=179 soit 60,5%) étant supérieur aux observations en- dessous de 900 mètres (n=117 soit 39,5 %). Le circaète reste donc une espèce localisée dans le département du Puy-de- Dôme, essentiellement aux grandes vallées du département (Dordogne, Sioule, Couzes…). Le Pays des Couzes constitue indéniablement le bastion de l’espèce dans ce département, où la fourchette de 30 à 50 Conclusion couples fournie en 1999 dans la Le site faune-auvergne a permis Liste commentée des Oiseaux la saisie rapide de plus de d’Auvergne (Boitier, 2000) reste données : 296 en 2009. d’actualité. Pour l’année 2010, il Malgré cette augmentation du semble nécessaire de maintenir a nombre de données, les indices de minima les suivis en cours sur les reproduction restent conformes secteurs actuels (Couzes, Sioule). aux années précédentes. Ceci Dans le Pays des Couzes, si démontre nettement la relative l’investissement bénévole le discrétion de l’espèce en permet, le contrôle des vallées nidification, et la difficulté à les plus au sud (Couze d’Ardes localiser les aires. et affluents) sera envisagé pour Le graphique suivant présente obtenir une meilleure vision de la répartition altitudinale des la population dans ce bastion observations des oiseaux, et l’on de l’espèce. Le suivi du couple voit très nettement la tranche de localisé dans la vallée de la 900 mètres concentrer la majorité Dordogne (et peut-être d’autres des données (n=81 sur 296, soit dans ce secteur ?) offrirait un 27 %). Rappelons que le circaète nouveau secteur intéressant pour niche en général en dessous de l’espèce dans le département, 850 mètres d’altitude (Bernard dans un contexte géographique et Riols, op. cit.), l’altitude et climatique bien différent des moyenne en Haute-Loire étant versants orientaux des massifs du de 783 mètres (Joubert, 2003) Sancy et du Cézallier. et de 805 mètres dans les Couzes (Bernard, non publié). • Matthieu Bernard Ceci semble démontrer que les LPO Auvergne observateurs ont essentiellement matthieubernard8944@neuf.fr noté des individus en chasse ou en déplacement, à une altitude La population régionale en Franche-Comté est aujourd’hui estimée à 6-7 couples réguliers (mais parfois instables), dont deux frontaliers avec Rhône- Alpes (Jura/Ain). En 2008, un jeune observé à l’envol constitue le premier cas de reproduction avéré dans la région depuis plus de 20 ans. Le couple s’est installé sur un site dont une pelouse a été rouverte par un contrat Natura 2000. Il y chassait très souvent, malgré la grosse ligne THT. 2008 fut un nouveau record d’observations d’immatures, estivants et/ou erratiques entre mai et août, s’inscrivant dans la tendance de progression au nord de l’aire dans les années 2000 (déjà décrite in Paul 2007). En revanche, 2009 et 2010 semblent montrer un palier dans cette tendance, sans record. Parallèlement, de nouveaux cantonnements plus ou moins solides et plus ou moins durables d’adultes excentrés se dessinent, comme si les afflux d’immatures ces dernières années avaient conduit à la fixation de certains. Dans ce contexte, l’année 2010 apporte deux cantonnements supplémentaires et éphémères en début de saison au nord de l’aire connue dans le Jura, ainsi que, plus spectaculaire encore, le premier cantonnement d’un couple d’avril à août (au moins) dans le département du Doubs (premier cas décrit depuis près de 40 ans !). Cette population en mutation, encore méconnue et en limite d’aire se caractérise par une densité très faible, des déplacements journaliers importants, une instabilité notoire et une difficulté de suivi induite. • Jean-Philippe Paul LPO Franche-Comté jean-philippe.paul@lpo.fr La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 7 Bilan 2009 dans les Hautes-Alpes L’intérêt des ornithologues gapençais pour le circaète augmente en 2009 : les 102 journées d’observations effectuées par 15 observateurs (28 journées et 5 observateurs en 2008) ont permis de découvrir quatre nouveaux sites. Ce sont donc huit sites qui ont pu être suivis. Suivi de la reproduction 2009 Taux de reproduction Sur les 11 sites connus, huit ont été suffisamment suivis pour pouvoir attester ou pas de la reproduction du couple. Cette année, on comptabilise deux échecs. Sur un site, où le couple se pose à l’aire le 29 mars en soirée, une observation en fin de saison montre que l’aire a bien été rechargée mais qu’elle ne présente pas de trace d’élevage du jeune. Sur un autre site, où un individu est observé couvant le 28 mai, une autre observation le 18 juin nous révèle une aire vide. Six couples ont mené leurs jeunes à l’envol. Un couple réussit sa cinquième reproduction consécutive, et dans la même aire. Le taux de reproduction est pour 2009 de 0,75, selon la définition de J-P. Malafosse (La Plume du Circaète n°3 [TR = nb de jeunes envolés / nb de couples suivis]). C’est une bonne reproduction, cependant le faible nombre de couples pris en compte doit nous faire relativiser ce chiffre avant de le comparer à celui d’autres régions. Distance entre deux couples Les distances séparant les aires de cinq sites contigus sont toutes semblables : 4,5 km, 4,2 km, 5,6 km et 4,3 km. La distance moyenne entre deux aires de couples différents est donc de 4,7 km. Une information précieuse qui nous aidera en 2010 pour la recherche de nouveaux couples. Notons que toutes les aires sont établies sur des pins sylvestres. Changement d’aire Un couple, dérangé en 2008 par un troisième circaète et n’ayant pas produit de jeune à l’envol a changé d’aire, portant à trois le nombre d’aires connues pour ce couple. Il s’est installé sur un pin sylvestre à 150 m de l’aire occupée en 2007. Date d’envol et de départ en migration Le suivi plus précis de deux couples a permis de récolter quelques données sur les dates d’envol et de départ en migration. La première observation du jeune en dehors de l’aire date du 22 août pour un site et date du 27 août pour un second site. Une date d’envol dans la deuxième Apport au nid d’une couleuvre verte et jaune par la femelle. Photo : R.Brugot 8 La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 quinzaine du mois d’août sera à comparer avec les années à venir. Elle est assez tardive par rapport à celle des autres couples en France. Notons que les jeunes reviennent régulièrement à l’aire après s’être envolés. Pour le premier site (Lardier-et-Valança), le départ en migration a lieu début octobre. La dernière observation pour ce couple date du 2 octobre : le jeune est posé sur un arbre mort en compagnie de l’un de ses parents posé au nid. Observations d’apport de proie au jeune Sur 13 proies ramenées aux jeunes (2006-2009), on relève six couleuvres vertes et jaunes, deux couleuvres à collier, deux vipères aspics. On note également un lézard vert, une grenouille rousse et un crapaud commun. Les proies ont été apportées entre 10h50 et 15h55, sept par des femelles, quatre par des mâles et deux par des circaètes de sexe non identifié. Objectifs de la saison 2010 Il est impératif de continuer à suivre les aires connues afin de savoir si elles sont productives. Il est également intéressant de noter le type de proies amenées. La recherche de nouveaux couples pourra se porter dans le secteur de La Bâtie Neuve, Rambaud, Manteyer et La Roche des Arnauds, sites pour lesquels nous avons déjà quelques éléments et qui seraient contigus aux sites déjà connus. • Rémi Brugot LPO Paca brugotremi@gmail.com Suivi individualisé en Bretagne Suite à l’observation, en mai 2008, de plusieurs individus au dessus des landes des monts d’Arrée dans le Finistère, trois observateurs ont tenté de mieux cerner le statut de l’espèce sur la zone. Ces recherches avaient alors permis d’établir l’estivage d’au moins cinq individus différents, de constater l’existence d’interactions « troublantes » (offrande de proie, vol stationnaire dit de compagnie, etc.), mais sans fournir le moindre indice suggérant l’existence d’une aire. En 2009, nous avons guetté leur retour dès le mois de mars. Malheureusement nous avons rapidement réalisé que la nidification ne pourrait être à l’ordre du jour car ce n’est que le 13 avril que le premier individu a été noté dans les monts d’Arrée. Nous avons tout de même décidé de suivre leur présence avec la même attention que l’année précédente. Au final, à raison d’une prospection sur le secteur tous les trois jours (en moyenne) nous avons identifié un minimum de sept oiseaux différents. Comme en 2008, une offrande de proie et des vols de « compagnie » étaient notés. Parmi les autres points communs avec 2008, la présence d’une majorité d’oiseaux « pâles ». Un seul individu présentait l’apparence la plus fréquente pour l’espèce, avec une tête et un plastron marron sombre et le dessous fortement marqué. Deux individus étaient de type « intermédiaire », et les autres étaient beaucoup plus clairs, certains ayant la tête, le corps et le dessous des ailes presque entièrement blanc. A l’inverse, contrairement à l’année précédente, on retiendra notamment que plusieurs individus ne s’attardèrent pas sur le secteur. Par ailleurs, il a également été troublant de découvrir l’existence de sites regroupant plusieurs individus en journée comme en dortoir, que ce soit deux individus perchés à une dizaine de mètres l’un de l’autre ou quatre individus passant la nuit sur un même secteur (250 m entre les deux individus les plus distants). Leur départ, peut-être précipité par une météo calamiteuse, s’est effectué très tôt, peu après la mi-août… • Erwan Cozic erwan.cozic@wanadoo.fr • Philippe Lagadec phil.lagadec@gmail.com Le travail remarquable mené par les bretons, et poursuivi par la LPO Vienne, a permis de réaliser la fiche jointe à ce bulletin. N’hésitez pas à nous faire part de vos expériences ; elles peuvent profiter à tous ! Circaètes chassant sur une zone brûlée Le 22 juillet 2009, un très violent incendie détruisait plus de 1 000 ha de garrigues et pinèdes sur le massif collinéen de Saint-Cyr/Carpiagne, situé au sud-est de l’agglomération marseillaise. Vers l’est du massif, le feu s’est arrêté sur les crêtes ouest d’un vallon assez large orienté nord-sud. Un site à grand-duc dans les éboulis est de ce vallon et un jeune circaète encore à l’aire située dans un pin à l’est du vallon ont été, heureusement, épargnés par les flammes. Les jours suivants, nous nous sommes rendus à deux reprises sur les lieux du sinistre pour prendre des photos et constater l’étendue des dégâts. A chaque sortie, nous avons été surpris de voir le couple de circaètes local chasser sur les zones fraîchement ravagées par l’incendie, l’un des oiseaux effectuant même une descente au sol dans un petit ravin calciné. Ce comportement nous a suggéré quelques questions : • les oiseaux continuent-ils de chasser sur leur territoire habituel malgré la modification nettement visible du milieu ? • recherchent-ils des cadavres de proies incomplètement calcinés ? • la zone très ouverte ainsi créée présente-t-elle un attrait supplémentaire pour les oiseaux sans qu’ils comprennent que la disponibilité en proies est malheureusement très faible ? • certaines proies potentielles du circaète auraient pu survivre malgré le passage du feu, en s’abritant sous terre ou sous des rochers ? Elles seraient alors plus faciles à repérer et à capturer dans ces zones dénudées. Pour l’instant nous n’avons aucune réponse pour expliquer ce comportement et le débat reste ouvert. • Richard Freze, CEEP circa13@free.fr • Jean-Claude Tempier, CEEP tempier@free.fr Une zone proche du site de nidification, peu après l’incendie. Photo : R.Freze La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 9 Observations de circaètes mis en difficulté par leurs proies Parmi les rapaces, le circaète tient une place trophique originale de par son régime alimentaire hyper-spécialisé. La capture d’une proie-prédatrice, elle-même capable de capturer et tuer ses proies, est un exercice délicat et risqué pour le circaète. Le superprédateur spécialisé dans la capture de reptiles peut-il être lui- même victime de ses proies ? Une enquête auprès du réseau a permis de réunir différentes observations de circaètes mis en difficulté par leur proie. Ces témoignages sont tous regroupés ci-après. aurait pu la retirer sans aucune résistance… Le 5 août 2000, avec Georges C., J-M.Cugnasse cite une chasseur ami, nous observons un observation de H.Miejemarque gros jeune circaète tout emplumé (1902) qui rapporte le cas d’une grosse couleuvre et d’un circaète et seul au nid. En repartant, un adulte du site (sans doute le mâle) trouvé morts enserrés. Parmi les nombreux serpents amenés au s’envole de la jeune plantation jeune par les adultes, il est rare de pins bordant la piste. Arrêt de voir des énormes couleuvres. voiture. A quinze mètres du Beaucoup cependant sont des bord gît une grosse couleuvre de Montpellier mâle encore bien couleuvres longues de 1,20 m vivante. Elle a la tête et l’avant du facilement tuées par le circaète. Deux fois seulement, en 13 ans, corps enfouis et noués sous des branches au pied d’un jeune pin. les adultes amènent au jeune Toute la longueur du corps repose déjà envolé une couleuvre de sur les aiguilles de pin. Au milieu Montpellier mâle dont j’estime du corps, au plus gros, il manque la longueur à 1,70m-1,80m et lors d’un de ces apports le jeune Juin 1981, Alpes-Maritimes à la couleuvre tout le côté droit déjà mangé par le circaète. A cet avale la couleuvre en entier! En juin 1981, nous suivons un Cornelius de Haan (in J-M. endroit, les aiguilles de pin sont couple de circaète et la croissance toutes tachées de sang. Cugnasse) est témoin de la capture de leur poussin depuis un affût. d’une couleuvre de Montpellier Chaleur écrasante, le circaète Nous filmons en 16 mm à deux longue de 1,85 m facilement tuée cercle au-dessus de nous. caméras (mon épouse et moi). Le Je retire précautionneusement par le circaète qui l’a saignée à 27 juin 12h30, le mâle apporte mort au sol. Dans le cas décrit la couleuvre (il faut lui dénouer une jeune couleuvre verte et par l’observateur, malgré son l’avant du corps). Il semble y jaune encore bien vivante. Le apparente force, la couleuvre avoir une écorchure sur la tête, poussin la prend par la tête et n’échappe pas à la mort. Ces sans doute un coup de bec. commence à vouloir l’avaler, quelques observations montrent Accroupi sur elle, elle essaie mais la couleuvre s’enroule autour plusieurs fois de me mordre que si une grosse couleuvre de son cou de plusieurs tours et représente un danger apparent, le à hauteur du genou. Je la semble serrer jusqu’à l’étrangler ! transporte à l’autre bout de la circaète en vient quand même à L’adulte à coté reste impassible, plantation de pins, au plus loin bout. Il est probable que dans le et nous croyons bien que c’en de la piste, pour que le circaète cas rapporté par H.Miéjemarque est fini du poussin qui fait des (in J-M.Cugnasse), le circaète ne soit plus dérangé et la pose mouvements de cou ne sachant l’avant du corps à l’ombre, mais était un individu affaibli ou plus s’il doit cracher ou avaler visible. Je la mesure. Elle fait au inexpérimenté. le serpent, d’autant que, enroulé minimum 157 cm. autour du cou, celui-ci résiste et • Jean-Pierre Céret « Bloquée par le circaète, la ne peut pas être ingurgité. Pendant couleuvre ne peut plus fuir, pour LPO Hérault une quinzaine de minutes on ne éviter les coups de bec sur la tête 1, rue de la Pompe sait pas comment tout cela va 34800 Ceyras et la mort, la couleuvre cherche se terminer. Enfin, à 12h45, la à se protéger en s’enfouissant couleuvre, probablement morte (la et en se nouant l’avant du corps Octobre 2008, Espagne tête coincée et broyée dans le bec) sous les branches. Le circaète, est avalée par le jeune circaète qui pattes écartées, bloquant le plus En octobre 2008, un cavalier a bien failli y passer ? Nous avons gros du corps lui casse la colonne observe un circaète inanimé, à filmé la scène. terre. Une couleuvre à échelons de vertébrale (elle ne peut plus grande taille (Rhinechis scalaris) se mouvoir) et commence à la • Michel Belaud l’enserre au niveau du cou. Le dévorer vivante… » LPO Paca Sans le dérangement involontaire reptile s’enfuit à l’approche de belaud.michel@wanadoo.fr de l’observateur, le circaète aurait l’observateur et le circaète reprend continué son œuvre continuant de ses esprits. manger jusqu’à affaiblissement • Source : http://www.teleprensa.es/ ou mort de la couleuvre, puis il 10 Août 2000, Hérault La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 Juillet 2009, Aveyron En juillet 2009, sur la commune de Cassagnes-Bégonhès, un circaète vole avec un serpent dans le bec. Jusque-là, rien de nouveau… Poursuivi par trois corneilles noires, celui-ci se pose sur le trottoir du village visiblement mal en point. Il est récupéré par Jean-Paul Soulié, vétérinaire adhérent de la LPO, qui lui retire une couleuvre verte et jaune morte de 1,20 cm. Mis dans un carton le temps qu’il reprenne ses esprits, le circaète a été libéré le lendemain matin, après qu’il eut déchiqueté la proie laissée à ses côtés durant la nuit. • Samuel Talhoët LPO Aveyron samuel.talhoet@lpo.fr Juillet 2009, Bouches-du-Rhône Mardi 7 Juillet 2009, 10h, le téléphone retentit. Un correspondant anonyme (pour le moment) m’avertit qu’il a trouvé un circaète Jean-le-Blanc blessé en faisant du jogging dans la colline entre Fos sur Mer et Istres. Après l’avoir rejoint, nous nous dirigeons vers le lieu où se trouve le spécimen et monsieur Miguet, qui n’est plus anonyme, m’explique qu’il a vu un grand rapace clair, aux grands yeux jaunes, immobilisé au sol avec un serpent enroulé autour de son aile, et incapable de s’envoler ! Stupéfaction et curiosité de ma part. Dans un premier temps il a alerté le centre de soin de Buoux qui, d’après sa description de l’oiseau, lui a dit qu’il s’agissait d’un circaète. Arrivé sur les lieux, pas de circaète. Nous ne tardons pas à trouver une couleuvre de Montpellier d’environ un mètre de long, blessée au niveau de la tête, agonisante et lovée sur elle- même, preuve qu’il y avait bien eu une prédation sur ce reptile ne pouvant provenir que d’un circaète. Que s’est-il passé ? Un prédateur l’a récupéré avant que l’on intervienne ? Il aurait dû y avoir des plumes éparpillées ce qui n’était pas le cas. Quelqu’un l’a récupéré avant que l’on intervienne ? Peu probable, la ou les personnes n’étant pas équipées pour la récupération se seraient méfiées de ce grand rapace aux yeux inquiétants. Après une longue attente, l’oiseau s’est libéré tout seul après que la couleuvre mourante ait desserrée son étreinte sur son aile, lui permettant de s’envoler ? Personnellement la dernière solution me semble la plus probable et la plus souhaitable pour lui. Je n’ai pas souvenir d’avoir lu ou entendu une telle mésaventure sur un circaète. Selon la description faite, je ne pense pas que ce soit une buse variable. A noter que si cette hypothèse est vraie, lors de sa libération, notre ami Jean-le-Blanc a oublié d’emporter sa proie, peut être de peur qu’elle ne récidive. En tout cas, un grand merci à Monsieur Miguet et à son fils pour le temps et la peine qu’ils se sont donnés pour essayer de sauver ce circaète en mauvaise posture. • André Blasco LPO Paca andre.blasco@free.fr un serpent lui entourant le corps. Description de l’oiseau faite, il s’agit bien d’un circaète. Libéré de la couleuvre de Montpellier qui lui étranglait le cou et lui enserrait les ailes, ce vieux circaète s’en sort avec une fracture ouverte. Il semblerait que cet oiseau déjà affaibli ait un peu trop présumé de ses forces. La couleuvre fut mangée directement après par l’oiseau. Pris en charge par le réseau oiseaux en détresse de la LPO Aude, ce circaète a été transféré vers le centre de sauvegarde de la faune sauvage à Millau. • Francis Morlon LPO Aude aude@lpo.fr Septembre 2009, Alpes-Maritimes Ce 25 septembre 2009, nous sommes au Fort de la Revère, dans les Alpes-maritimes, pour observer la migration postnuptiale. Un circaète (local) se poste face au vent d’est pour chasser à moins de 100 m de nous. Nous le voyons par l’arrière et nous le montrons dans les jumelles aux visiteurs présents, en commentant ses aptitudes au vol stationnaire et sa manière chasser. Peu après, l’oiseau bascule à droite et fond en Août 2009, Aude piqué en contrebas vers la Maison Le 10 août 2009, une habitante de de la nature derrière laquelle il disparaît. Quelques instants après, Cabrespine en Montagne Noire appelle la LPO parce qu’un rapace il décolle avec un serpent dans les serres dont nous ne voyons que la vient de tomber dans son jardin, Circaète photographié au Fort de la Revère et dessin sur calque pour relever les détails. Photo et dessin : M.Belaud La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 11 partie terminale qui flotte au vent. Une série de photos prises à cet instant nous en dit un peu plus… En grossissant les images et malgré leur flou, on devine qu’il s’agit sans doute d’une couleuvre de Montpellier de plus d’un mètre de long. Elle a été capturée et elle est maintenue dans les serres par le milieu du corps. Ceci laisse la liberté au serpent encore bien vivant de s’enrouler autour de la queue, puis de passer la tête sur la queue et enfin de se dresser sur le dos du prédateur dans une attitude menaçante rappelant celle d’un petit cobra, prête, semble-t-il à frapper ! Le circaète disparaît avec sa proie. Il est revu 40 minutes plus tard, le jabot bien plein. C’est probablement un circaète juvénile (à la couleur pâle des couvertures) qui, peu expérimenté, ou dérangé (le parc est parcouru par de nombreux promeneurs) a saisi le serpent par le milieu, s’est envolé rapidement sans lui donner le coup de grâce sur la tête, que les adultes font généralement rapidement avant de l’emporter. • Michel Belaud LPO Paca belaud.michel@wanadoo.fr couleuvre de Montpellier. Le premier cas observé en 1981 par Michel Belaud témoigne lui du danger que peut représenter une couleuvre verte et jaune, du moins pour un jeune encore au nid. Le cas observé cette année en Aveyron confirme bien cette dangerosité de la couleuvre verte et jaune. Mais là, le déroulement des faits plaide en faveur d’un étouffement lors de l’ingestion. Doit-on imaginer que, houspillé par les corneilles et le gosier encombré par une proie trop volumineuse, le circaète se soit essoufflé au point de devoir se poser sur un trottoir et se laisser capturer ? S’il est entendu qu’une couleuvre de grande taille peut poser des difficultés de capture à un circaète, peut-on imaginer qu’une grande couleuvre soit capable de venir à bout d’un circaète, par constriction ou, malgré elle, par étouffement lors de l’ingestion ? Le cas rapporté en Espagne semble appuyer cette hypothèse : il est fort possible que, sans intervention, le circaète eu été victime de cette couleuvre à échelons. Celle-ci semblait bien vivante (elle s’est enfuie à l’approche de l’observateur) et aurait pu, par constriction, faire succomber le circaète qui n’était apparemment déjà plus Discussions en état de se défendre. C’est le Les circaètes se retrouvent en cas également de ce circaète qui situation périlleuse lorsque leur chute au sol dans l’Aude, enserré proie vivante est mal avalée (trop par la couleuvre de Montpellier volumineuse ?) et qu’elle parvient qu’il vient de capturer. Nous ne à enserrer les ailes ou le cou du savons pas si la couleuvre était circaète. Ce sont les couleuvres de encore en état de mettre à mort grande taille qui sont incriminées. elle-même son prédateur, mais L’observation espagnole se celui-ci, victime d’une fracture rapporte à une couleuvre à (probablement due à la chute ?), échelons. Le témoignage d’André serait sans intervention décédé Blasco dans les Bouches-du- des suites de cette mésaventure. Rhône concerne une couleuvre De même, la scène d’étranglement de Montpellier. L’observation de d’un circaète par une couleuvre Jean-Pierre Céret dans l’Hérault relatée dans la littérature au en 2000, celle de la LPO Aude début du siècle dernier par en août 2009 et celle de Michel Miéjemarque dans le Tarn nous Belaud en septembre 2009 dans pousse à le penser (Miéjemarque les Alpes-Maritimes montrent H. 1902 – Chasses pyrénéennes. bien que le circaète peut avoir des Gaillac.). A ce sujet, J.-M. difficultés à saisir et terrasser une Cugnasse émet l’hypothèse de la 12 La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 présence (contemporaine ou sub- contemporaine) de la couleuvre de Montpellier (Cugnasse J.- M. 2001. Un Circaète Jean-le- Blanc Circaetus gallicus et une couleuvre trouvés morts enserrés. Ornithos vol. 8 : 232-233.) en estimant que seule une couleuvre de Montpellier aurait la force d’étrangler un circaète. D’autres auteurs qui ne croient pas en la présence de la couleuvre de Montpellier dans le sud-ouest, supposent que la couleuvre verte et jaune peut venir à bout d’un circaète (Pottier G., Vacher J.-P. et Savine N. 2007) : Interrogations sur l’existence contemporaine de la Couleuvre de Montpellier Malpolon monspessulanus (Hermann, 1804) (Reptilia, Colubridae) en région Midi- Pyrénées (France). Bull. Soc. Herp. France 120 : 33-56.). Cette hypothèse reste à confirmer, les deux cas dont nous disposons actuellement ne permettant pas de le certifier. Des cas de mortalité de circaète par étouffement et/ou constriction paraissent possibles. L’apprentissage de la technique de capture, de la mise à mort et du transport est un apprentissage périlleux pour les jeunes circaètes. Il est probable que certains jeunes inexpérimentés succombent à de mauvaises rencontres lors des premières chasses. Il serait intéressant de recueillir d’autres observations et témoignages de circaètes recueillis dans de telles circonstances. Les témoins doivent s’attacher à obtenir l’identification de couleuvre, et si possible ses dimensions. Dans l’hypothèse ou les jeunes oiseaux seraient les plus sensibles à ce type d’accidents, l’âge du circaète est également une donnée essentielle à recueillir. Enfin, un observateur a-t-il déjà eu la preuve d’un cas de mortalité causé par la morsure d’une vipère ? • Renaud Nadal LPO Mission Rapaces renaud.nadal@lpo.fr Notes sur les comportements observés dans l’Hérault En 15 ans de suivi des circaètes dans l’Hérault, Jean-Pierre Céret a observé et noté de nombreux comportements qu’il nous restitue sous forme d’anecdotes. Elles sont ici classées par thème. Cinq articles sont également à paraître prochainement dans la revue Méridionalis : – Envol, séjour et départ du jeune circaète Jean-le-Blanc dans le département de l’Hérault de 1996 à 2008 – Comportement et séjour d’un jeune circaète Jean-le-Blanc après l’envol du nid – Apport et captures d’insectes par le circaète Jean-le-Blanc dans le département de l’Hérault – Relations interspécifiques entre le circaète Jean-le-Blanc et le grand-duc dans le département de l’Hérault – Trois cas de reproduction du circaète Jean-le-Blanc sur un arbre choisi par l’observateur comme support du nid artificiel Relations dans le couple Offrande, refus, sollicitation. Qui n’a jamais vu une offrande du mâle à sa femelle ? Peu avant la ponte, la femelle attend sur le site, nourrie par le mâle, mais il arrive qu’elle soit aussi en chasse. Dans ce cas, le mâle la rejoint, serpent au bec, et l’entraîne dans le vallon du nid. A ce stade, toutes les offrandes (celles que j’ai vues) ont toujours lieu au nid, mais pas obligatoirement dans celui qui va accueillir la ponte. Le mâle peut également déposer une proie dans un nid en l’absence de la femelle sur le site. «Le 25 mars 1999 à 18h00 : les deux oiseaux arrivent sur le site. La femelle orbe à la verticale du chêne vert où il y a un nid, puis descend au nid et saisit un serpent et le mange». Comme les accouplements, les offrandes peuvent être refusées par la femelle. 3 avril 2003. 15h. «Comme souvent lorsque le vent est fort, je trouve la femelle posée par terre, au pied d’un chêne vert, dans la pente qui fait face à l’arbre du nid. Accouplement, refus, invitation. A 16h40, le mâle arrive et va directement au nid. Il se pose tourné vers la femelle, laquelle ne bouge pas. Puis en s’aidant d’une serre il fait tomber le serpent. La femelle reste immobile. A 16h45, le mâle déchiquette la proie et mange jusqu’à 17h00. A 17h08, il s’envole et vient se percher non loin de la femelle. A 17h15, elle s’envole et rejoint un perchoir dans le vallon voisin». Et lors du retour du mâle sur le site, la femelle peut aussi, en vain (comme cette fois) quémander de la nourriture au mâle. 13 mars 2002. 16h30. « La femelle est posée au nid et le mâle arrive dans le site. Le voyant, elle va se poser sur un petit piton rocheux et adopte l’attitude caractéristique habituelle : ailes pliées, mouvements saccadés des ailes etc. Malgré ses cris, le mâle ne se pose pas. Elle finit par le rejoindre en vol». Dans l’Hérault, le plus grand nombre d’accouplements auxquels j’ai assisté ont eu lieu sur des pitons rocheux, ainsi qu’au sol (c’est plus stable !). J’en ai moins souvent vu sur le nid (c’est curieux !). Parfois, les circaètes s’accouplent sur une grosse branche horizontale (c’est plus difficile !), plus rarement dans le houppier d’un chêne vert (c’est très difficile !). Dans tous les cas, les accouplements ont lieu dans ou proche du vallon du nid. Parfois, les oiseaux s’accouplent hors site, sur un pylône à Haute Ten(ta)sion, par exemple (le courant passe mieux). Parfois le mâle inspiré s’envole, arrive sur la femelle et…repart aussitôt. Plus rarement, il arrive que la femelle sollicite l’accouplement, comme ce 14 mars 2001, à 17h50. «Le mâle est debout sur le nid. La femelle s’envole et se pose dans la couronne d’un chêne vert, face au mâle, puis s’incline les ailes à demi repliées et tendues vers l’avant, faisant des mouvements saccadés avec les ailes, vers le mâle. Elle s’envole alors à la cime du chêne vert placé dans l’axe et sous l’arbre où est le mâle et se pose le dos tourné vers lui qui s’envole et vient sur elle». La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 13 Agressivité intraspécifique Chute au sol 15 mars 2009. Entre 17h et 18h. A cette date, la femelle n’est pas encore arrivée dans le site, le mâle poursuit dans le vallon du nid un autre mâle qui finit par se poser à la cime d’un pin. Après quelques vols avec attitude agressive le mâle propriétaire frappe avec les serres l’intrus sur le dos. Les deux oiseaux tombent au sol, dans la bruyère…quelques cris, puis les deux oiseaux s’envolent. Poursuivi, l’intrus quitte le site. C’est ma septième observation de ce genre, dont trois dans le même site. Rencontre de voisinage qui dégénère 7 juillet 2009. De 17h30 à 18h30 « Un beau jeune est dans le nid. Les deux couples voisins situés au nord-ouest et au nord-est de là ont également un gros jeune. Ils viennent dans le site et évoluent avec le couple résidant. Six circaètes en concert de yo… yo ! Les oiseaux volent au- dessus du jeune. Celui-ci crie en les voyant. La femelle du site commence à s’exciter, cou tendu, ailes relevées, etc. Le couple du nord-ouest part vers son site. Le mâle du nord-est descend sur le nid et se pose à côté du jeune qui s’écarte…comme étonné. La femelle du site pique alors sur l’étranger en criant, pattes tendues à l’extrême. Ce dernier s’envole sans être lié, poursuivi par la femelle. Le jeune (apeuré ?) fait un grand saut sur le nid. Sa mère revient tandis que son partenaire poursuit le mâle étranger. Le calme revient dans le site». Un circaète peut-il en tuer un autre ? Le 23 avril 2007, je fus témoin d’un combat entre deux mâles (Quatre attaques avec prises de serres. Trois en vol et une au sol) 14 qui se termina par la capture des deux oiseaux. On sait que chez l’espèce, les prises de serres entre deux individus excités ne sont pas rares. Généralement, les deux se séparent aussitôt … au besoin pour recommencer. Six fois (dont trois dans le même site, et en quatre sites différents), j’ai assisté à des chutes au sol. Jean-Pierre Malafosse (1998, 1999) et Bernard Joubert (2004) ont également noté des faits similaires. Les faits A mon arrivée dans le vallon de nidification, j’entends des cris. Le mâle propriétaire poursuit un mâle intrus qui tente d’aller vers la femelle. Celle-ci vole plus en amont, peu avant l’arbre du nid. Les poursuites bruyantes sont incessantes. A l’évidence, le mâle territorial, très excité, empêche l’intrus d’aller vers sa femelle (ponte imminente, ponte déposée?). Posté en bord de plateau, je vois les circaètes par dessus et à faible distance. Première attaque En vol, le mâle propriétaire cueille l’intrus par les serres. Les deux oiseaux chutent dans la végétation du sol en criant. Ils se séparent, puis marchent, chacun de leur côté jusqu’à une trouée, et décollent. Leur station à terre ne dure que quelques secondes. Poursuites et cris reprennent aussitôt. La femelle n’intervient pas. Seconde attaque L’intrus se pose sur un grand pin. Aussitôt, le mâle du site lui pique dessus, par l’arrière. L’intrus s’envole et est lié par les serres. Les deux oiseaux chutent et disparaissent au sol parmi les arbousiers. J’entends des cris violents pendant quelques minutes, puis plus rien. Trente minutes de silence. Sont-ils blessés ? morts ? Que faire : intervenir ? Au moment où je décide d’aller voir sur place, les deux oiseaux s’envolent ! Les La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 poursuites avec cris reprennent. La femelle n’intervient toujours pas. Troisième attaque En vol, le mâle cueille à nouveau l’intrus par les serres, les deux oiseaux chutent cette fois à la cime d’un chêne vert. L’intrus est sur le dos, les ailes écartées. Le mâle territorial, debout sur lui cherche à lui donner des coups de bec mais l’intrus répond de la même façon. Serres liées, les deux oiseaux semblent se neutraliser. Par intermittence, les deux circaètes crient. Ils restent liés vingt-cinq minutes puis s’envolent. Poursuites et cris reprennent ! Quatrième attaque L’intrus se pose à l’entrée du vallon, sur une petite barre rocheuse. Le mâle du site l’attaque. L’intrus n’a pas le temps de s’envoler. Il est lié sur le rebord du rocher; il se retrouve ailes écartées et l’agresseur sur lui. Coups de bec, cris, mais cette fois la femelle arrive et rejoint le mâle sur l’intrus. Les cris redoublent. Battements d’ailes de l’intrus, puis une aile dressée à la verticale frappe la femelle. Elle s’envole et cercle au-dessus des deux combattants. Ceux-ci glissent plus bas sur le rebord du rocher puis les cris cessent. Vingt minutes passent : toujours rien. Les oiseaux sont hors de ma vue. Je rejoins ma voiture et contourne le massif. A l’orée du vallon, je traverse quelques friches pour rejoindre la falaise par- dessus. Je m’avance vers le bord. Derrière un buisson, un bout d’aile dépasse, immobile. Je contourne le buisson par derrière. Le mâle du site me tourne le dos, debout, lié par les serres à l’intrus qui est, lui, couché sur le dos ailes écartées. Celui-ci me voit et sursaute. D’un geste, je me baisse et pose une main sur chaque circaète ! Le rocher est couvert de plumes. Le circaète intrus que je tiens avec la main droite me regarde, le bec ouvert plein de duvet. Le propriétaire curieusement ne fait pas attention à moi. Il regarde l’intrus. Après m’être assuré que l’intrus n’a pas de blessure apparente (œil crevé, blessure aux pattes), je le libère. Au lieu de partir loin, il cercle au-dessus de moi alors que je tiens le mâle du site! Je m’assure que l’agresseur n’a rien puis le relâche. Après quelques orbes, il reprend en chasse l’intrus silencieusement, cette fois hors du site. La femelle vole dans la combe. Une heure après, de retour sur le site, le mâle est revenu et vole en criant avec sa femelle. Discussion-Conclusion Les cas observés où les sexes sont identifiés (J-P.Malafosse, 1999- deux femelles ; et J-P.Céret, 2007, 2009-deux mâles) montrent que les individus des deux sexes sont impliqués dans ces combats. Dans le cas relaté ci-dessus, lors des deuxième et troisième combats, et malgré de nombreuses minutes enserrés, les deux oiseaux se séparent. Mon intervention lors du quatrième combat ne permet pas de dire ce qui se serait passé ensuite. Après des observations semblables, J-P. Malafosse et B. Joubert ne trouvent pas de victimes. Cependant en 1996, B. Joubert – sans avoir assisté à un combat – trouve une dépouille fraîche d’un circaète intrus proche de l’arbre du nid. Dans beaucoup de cas, suite à ces altercations intraspécifiques, il y a échec ou absence de reproduction et au mieux ponte tardive. Au lendemain de cet événement, le 24 avril 2007, la femelle est au nid. Au mois de juin, je constate l’échec de la reproduction et au mois de juillet, les trois oiseaux volent ensemble dans le vallon du nid sans plus aucune agressivité. Au mois de mars 2008, l’intrus est présent et il n’y a pas reproduction. J’ai vu dans d’autres sites des femelles couvant ou protégeant le poussin qui venait de naître, ne pas réagir à la présence d’un intrus posé à proximité. Pour cette raison, on peut penser que sur le site de reproduction, le degré d’agressivité manifesté par les reproducteurs est dépendant de l’âge de l’intrus. Bibliographie: J-P. Malafosse (1998, 1999) le circaète Jean-le-Blanc, suivi des rapaces forestiers en Lozère et dans le Parc national de Cévennes B. Joubert (2004) Haute Loire : Un circaète peut-il en tuer un autre ? La Plume du Circaète n°3, page 7. Nidifications insolites Cas observés en 2007 En mars 2007, suite à l’enquête rapaces, je trouve le nid des trois couples nicheurs de ce secteur. Un a choisi un gros chêne vert qui domine le vide. Ce beau nid est au bout d’une grosse branche horizontale (situation privilégiée par les circaètes). Les deux autres couples ont opté pour un emplacement du nid et une essence pour le moins insolites. La rive droite d’un vallon perpendiculaire à la plaine est couverte de châtaigniers avec quelques chênes blancs et chênes verts. Le nid du couple est placé à la cime du gros tronc d’un châtaignier totalement couvert de lierre. A ciel ouvert et petit, il disparaît entièrement dans l’entrelacs du lierre et est visible seulement par dessous. L’aire du troisième couple est au fond d’une combe fermée et boisée de chênes blancs et chênes verts. Ce très beau nid est construit sur un gros chêne blanc mort, couvert lui aussi par un lierre (Voir «Nidification à découvert dans les Pyrénées» (2006) P.Harlé, A.Calvet. Plume du Circaète n°5). Placé contre le tronc, il repose au départ des deux premières grosses branches. L’amas de rameaux tombés sous le nid indique une occupation de plusieurs années. La cassure nette du lierre protégeant le nid au-dessus est sans doute due à la femelle, laquelle l’a probablement coupé pour ne pas être gênée. Le châtaignier enlierré. Photo : J-P.Céret Cas observés en 2008 Contrairement aux aigles, le circaète est un oiseau peu sensible au bruit mais très farouche à la vue. Pour cette raison, le circaète, Le châtaignier enlierré. Croquis : J-P.Céret La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 15 quand il le peut, cherche à nicher dans des ravins intérieurs. J’ai classé les sites de nidification héraultais selon trois critères : • sites de type 1 : les vallons intérieurs invisibles de la plaine ou de la vallée principale d’où on ne peut pas voir l’arbre du nid. • sites de type 2 : les vallons plus ou moins sinueux perpendiculaires à la plaine ou à la vallée principale. L’arbre du nid peut être aperçu, mais rarement le nid lui-même. • sites de type 3 : les pentes « à vue » bordant la plaine ou la vallée principale. On peut voir l’arbre et le nid. Les sites de types 1 et 2 sont occupés par les couples les plus anciens. Les sites de type 3 sont colonisés par les nouveaux couples (expansion de l’espèce) ou par des couples anciens dont le site originel a été défiguré par l’homme. Les deux couples dont il est question ici sont des nicheurs de type 3. Le plus étonnant est qu’ils ont niché avec succès à côté d’une route en 2008. Le premier couple est probablement celui que j’avais vu tenter une construction de nid, non loin de là, au mois de juillet précédent. L’arbre choisi est un pin de Salzman, au bas d’une petite pente sans arbres du causse du Larzac. A 250 mètres de la route qui lui fait face et de niveau avec elle, il est à 420 mètres seulement de la dernière maison d’un village. L’arbre se trouve dans un enclos à chevaux (les deux chevaux font leurs déjections au pied de l’arbre du nid!). Du 17 mai au 5 août, j’observe la femelle couvant puis la femelle et son poussin, à partir de la route, enfermé dans ma voiture. Plus tard, lors des apports de proie au jeune, la femelle, habituée à ma présence, va directement au nid, et en partant vient me survoler à quelques mètres avec des yo-yo… Par contre, quand le mâle apporte un serpent, il se perche à la cime d’un pin voisin et m’observe avant d’aller au nid quelques minutes plus tard. Lors des apports de proie, les cris du jeune s’entendent du village. Le deuxième couple est trouvé par Pierre Maigre. Il occupe un site de plaine, dans le prolongement d’une garrigue à kermès, presque dépourvue d’arbres. Quelques vignes jouxtent le site. Au-delà, débute la plaine viticole. Le chêne vert choisi est un arbre isolé, à 150 mètres de la route et n’est qu’à 50 mètres de la vigne cultivée et labourée qui le sépare de la route ! Le 11 août 2008, alors que j’arrive dans le site pour vérifier l’envol du jeune, je constate que celui- ci est nourri dans un deuxième nid plus éloigné de la route – 250 mètres- en situation pas moins étonnante. Couchée dans le premier nid en sommet de chêne vert, la femelle reste invisible. La seconde construction – un gros nid en bout de branche – est à découvert et en bordure de piste. Cependant, l’arbre, l’aire et la femelle couchée sur le nid sont visibles depuis la route…! En définitive, des centaines de voitures qui circulent devant une femelle circaète couvant, représentent moins de danger que l’accumulation de dérangements habituels que nous connaissons. Circaètes adultes solitaires Il est rare que l’on connaisse la cause de la disparition d’un adulte cantonné. Il est moins rare que, d’un retour africain, l’on ne voie qu’un oiseau sur le site. En 2009, deux sites ne sont occupés que par un mâle et l’on peut, peut-être, avancer une explication quant à la disparition de ces deux femelles, qui n’a sans doute pas la même origine. Site T : Sur ce site le 1er juillet 2008, la femelle est au nid avec un poussin d’une quinzaine de jours. Le 25 juillet, il n’y a plus rien au nid. En mars-avril 2009, la présence du seul mâle sur le site laisse à penser que la femelle a péri début juillet 2008, entraînant la disparition du poussin. En effet, à ce stade de l’élevage, sauf exceptionnellement (pénurie alimentaire), elle ne 16 quitte pas le poussin, donc, il y a peu de risque d’électrocution, encore moins de tir (la chasse n’ouvre qu’à mi-septembre) et je n’ai encore jamais vu un adulte être victime de prédation. Il est donc probable qu’en 2008, cette femelle a péri de mort naturelle (fin de vie) ou de maladie. Site V : De 2002 à 2006, ce couple élève quatre jeunes en cinq ans. En 2007-2008, la présence d’un mâle intrus probablement âgé et qui convoite la femelle du site entraîne de violents affrontements et empêche la reproduction de ce couple. En mars-avril 2009, le mâle du site est désespérément seul. En fin de saison, les timides La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 relations avec une nouvelle femelle (avant de s’aimer, il faut bien se connaître) autorisent à penser à la reconstitution d’un couple. Et il est possible que la femelle originelle du site n’aie pas disparu, mais soit partie vers d’autres cieux avec le mâle intrus. R.Riols Capture et apport de proies Nourriture…mais changement de comportement 14h21 : Cris du jeune à la vue d’un adulte qui arrive un serpent au bec. Cette fois, le jeune se 25 septembre 2001, entre 11h20 dresse. Ailes déployées, il tourne le dos à l’adulte et couvre sa et 14h45. Le jeune volant que première proie en criant. L’adulte j’observe reçoit trois belles proies (le jeune retire la proie du secoue la tête latéralement. D’une serre, il fait descendre un bec de l’adulte) et une ration de petites proies (le jeune attend que peu le serpent du bec. Le jeune l’adulte régurgite). Dans tous les se recouche sur « son » serpent. cas, avant le rituel habituel, c’est L’adulte avance alors vers le jeune, lequel, sans se dresser, avec un grand empressement fait tomber le serpent du bec de que le jeune accueille l’adulte. Ce jour là, malgré quatre apports l’adulte. Celui-ci s’envole. Le jeune se redresse alors puis se rapprochés, le jeune a faim. recouche sur…deux serpents. Le 27 septembre 2004, un 15h35 : il est toujours couché sur autre jeune né chez ce même couple montre un comportement les serpents. De retour sur le site, de 16h30 à différent : 13h : il est couché sur le rocher tel 18h00, je vois le jeune debout au même endroit. une poule. 13h35 : il crie à la vue d’un adulte qui arrive une proie au Apport de proie simultané bec. Contrairement à l’habitude, par le mâle et la femelle il ne bouge pas. L’adulte Dans le nid, un gros jeune est à s’approche. Après un timide rituel, le jeune se dresse et retire deux semaines de l’envol. Le 13 un Lacerta du bec de l’adulte. Ce juillet 2008 (en fin d’élevage), le comportement du jeune me dernier s’en va aussitôt. 13h45 : le jeune dépèce la proie. signale l’arrivée d’un adulte. Je Le fait qu’il ne l’avale pas, montre suis le témoin de deux apports simultanés au nid. qu’il a le ventre plein. Il mange « A 17h45, le mâle arrive au nid jusqu’à 14h08. et se pose dans les rameaux du 14h13 : il baisse la tête et saisit chêne vert, au-dessus du jeune. un serpent qu’il laisse retomber sur le rocher. Ceci veut dire qu’à Je suis aussi surpris que le jeune mon arrivée, il était couché sur le qui regarde son père en criant. A serpent, signe qu’il avait déjà dû cet instant, la femelle arrive au manger peu de temps auparavant. nid avec un serpent, dans le dos 14h16 : il triture le serpent, puis se du jeune. Celui-ci se retourne et prend le serpent qu’il couvre couche dessus. aussitôt de ses ailes en criant, dos tourné à sa mère. Le mâle descend alors au nid et régurgite un Lacerta puis s’envole. La femelle le rejoint bientôt». Capture de la belette 26 mars 2009 : Beau temps, vent frais. A mon arrivée dans le site (17h50), je trouve le mâle au perchoir nocturne (arbre sec) dans le thalweg, au-dessus de la piste. La femelle est posée sur le nid, dans ce même thalweg mais au-dessous de la piste. A 18h, le mâle se met en position horizontale sur la branche et scrute le sol. Il se laisse tomber au pied de l’arbre, derrière les buis. Les deux ailes déployées, il frappe quelque chose avec les serres. Les ailes se replient. Je devine alors le blanc du ventre à travers le buis. De nouveau, les ailes se déploient. L’oiseau frappe avec les serres (le coup de grâce). Il s’envole avec une belette au bec et va l’apporter à la femelle posée sur le nid. L’an dernier, sur un autre site, j’avais déjà vu un mâle arriver au nid et régurgiter une belette à son jeune. Capture d’une grosse couleuvre de Montpellier Voir la synthèse «Quelques observations de circaètes mis en difficulté par leurs proies» page 10. Relations interspécifiques Début d’incubation mouvementé en haut d’un chêne vert, face au soleil levant. Plus bas dans la Le 22 avril 2009, au petit matin, je pente, la femelle est à la cime du visite le vallon où avec Carine buisson habituel, 40 mètres face à Perony, nous avions dressé un l’arbre de notre nid. nid artificiel à l’intention des 8h30 : un mâle de busard cendré circaètes, mais où je craignais passe au ras du sol, entre les qu’un couple de buses occupant deux circaètes. la vallée ne s’y installe avant 8h50 : une buse arrive dans le leur retour. vallon et « charge » la femelle 8h05 : le circaète mâle est posé circaète. Celle-ci s’envole. A cet instant, dans un second assaut, la buse jette la femelle circaète au sol. Couchée sur le ventre, ailes déployées et tête collée au sol vers le haut de la pente, elle reste immobile. Son mâle, impassible, n’a pas bougé pendant la scène. Contrairement au grand-duc, la buse ne représente pas un gros danger. Je note alors « J’ai bien vu que les serres de la buse n’avaient La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 17 pas touché le crâne du circaète…» 9h00 : elle replie ses ailes après 10 minutes interminables, se lève, s’assied sur les tarses, le dos tourné à la pente, face à l’arbre du nid. 9h35 : elle s’envole et disparaît derrière la crête. La femelle revient puis se pose debout sur le nid à 9h50. 10h00 : le mâle s’envole enfin et quitte la vallée. A ce moment, la femelle part du nid, après une séquence d’ailes tendues à la verticale (signal blanc), contourne le groupe d’arbres où est le nid et revient s’y poser. Les ailes sont toujours tenues verticalement. Elle les replie et se couche sur le nid spacieux que nous avions tapissé de mousse. Le nid étant trop caché, malgré des heures d’observation, je ne reverrais la femelle que le 11 juillet ! Le 14, je monte dans le vallon, me demandant s’il y a eu échec ou si un jeune se trouve au nid. Je vais m’asseoir au pied de l’arbuste reposoir, face au nid. Dans la fenêtre verte, le jeune circaète y est couché, posant sur moi ses gros yeux jaunes… Émotion. Il fera son premier vol le 24 août, après un séjour au nid de 79 jours. Pendant ce temps, le grand-duc se tient à quelques dizaines de mètres seulement. A 20h45, la femelle grand-duc que je n’avais pas vue, et qui était posée au sol entre les deux circaètes, s’envole. Elle Deux grands-ducs rejoint son mâle et entre dans le et deux circaètes trou. A cet instant, le mâle circaète 4 mai 2009, Vallon du grand-duc, s’envole. Il va se poser de l’autre de 19h50 à 21h00 côté de la vallée face à la femelle. C’est un petit vallon de chênes Le grand-duc mâle a cessé de kermès, au bord de la route, avec chanter lorsque sa femelle est deux petites barres rocheuses. entrée dans le trou. Celle de droite héberge les aires Au crépuscule du 16 juin, les d’un grand-duc. Au dessus des deux circaètes passent la nuit à affleurements, quelques chênes découvert, posés sur les pitons. verts et des pitons rocheux où sont Je ne vois pas de grand-duc. Ces posés deux circaètes (types mâle derniers n’élèveront pas de jeunes et femelle). cette année-là. Il est 19h50. Dans le vallon Le couple de circaètes, connu attenant dépourvu de rochers, mais non suivi par l’observateur, le grand-duc mâle chante sans est probablement un couple interruption. A 20h35, il va se délogé de son site (non loin de là) poser sur la barre rocheuse devant par un nouveau couple d’aigles un trou où se trouve une aire. Les de Bonelli. deux circaètes ne bougent, ni ne Que va t-il se passer l’année s’émeuvent. A 20h40, la femelle prochaine avec les grand-ducs ? circaète se branche pour la nuit dans un chêne au–dessus des deux barres. Le mâle regagne un arbre. Premiers envols, émancipations et départ en migration des jeunes circaètes L’envol du nid du jeune circaète ne dure que quelques secondes. Etre tous les jours sur le terrain en fin d’élevage est l’assurance d’assister à cet instant émotionnellement très fort. Comme pour les départs en migration des jeunes, j’ai assisté à plusieurs envols. battu et va atterrir en catastrophe dans une zone très buissonneuse plus en amont, à environ 300 m du nid, et pratiquement sur la même courbe de niveau. Je ne le vois plus. 15h00 : sur l’aval de la vallée, festival de yoyo. Le couple du site est rejoint par un couple voisin et un intrus. Les propriétaires se rapprochent de l’arbre portant Premier apport de proie l’aire. Les apercevant, le jeune hors du nid se met à crier plaintivement. Les 12 août 2001. parents quittent la vallée. 13h30 : observation à partir de la 16h45 : la femelle arrive un crête, face au chêne blanc où est serpent au bec. Elle va au nid où, le gros jeune sur un nid artificiel curieusement, elle passe plusieurs que j’avais mis en place, caché minutes : cherche-t-elle le jeune ? dans un lierre. Il ne s’est pas Elle s’envole, monte très haut envolé mais je ne le distingue pas. au-dessus du site. Sans doute 14h30 : soudainement, l’oiseau a-t-elle repéré le jeune. Dans quitte le nid. Malhabile, il se le grand néant bleu, serpent au retrouve dans le vide et revient bec, elle entame alors une série vers la pente. Il la suit en vol de merveilleux festons où, après 18 La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 Jeune circaète à l’envol. Radio : R.Freze chaque «remontée», elle joint les ailes verticalement (comme une bondrée) avant de basculer. Comportement qui termine chaque séquence du vol en feston. récupérer (il ne bouge pas). Puis, je le pose sur un arbre voisin aux deux chênes. D’ici, il est invisible de la route. Il y passe la nuit. Le lendemain, entre 13h30 et 15h20, il rejoint le nid 2008 situé en bas. En fin d’après midi, il regagne le chêne le plus haut et le nid où il passe la nuit. En début de matinée du lendemain, il fait son premier vol. Le 11 septembre, ses vols hors site augurent un départ imminent. j’ai assisté à 15 départs de jeunes qui partent avant, avec ou après un ou les deux adultes. En 2009, trois cas différents ont été observés. Départ du jeune AVANT les adultes Le jeune a pris son envol depuis 53 jours. Il peut donc partir en migration à tout moment. Le 20 septembre à 11h30, la femelle est à l’affût sur un pylône haute tension (précisons qu’elle voit son jeune et réciproquement). A 11h45, le jeune s’envole de la pente du nid, tourne dans la brise, Dernière minute : gagne de la hauteur, puis trouve la bonne ascendance qui l’amène très Ce jeune, bagué par P.Maigre, haut dans les nuages. D’un long est revenu au printemps 2010, glissé, il effectue 2,5 km dans la après son premier hivernage. vallée, légèrement sud-ouest, où Il a été identifié à la longue il orbe dans les grands « cotons » vue puis par photographie, ce repart en qui confirme ce qu’écrivait J-P blancs d’altitude puiset rejoint le un glissé somptueux Céret dans la Plume du Circaète flanc d’une colline où il revient à n°2, « L’observateur pense que la verticale de la femelle. Celle-ci certains juvéniles reviennent est toujours posée sur le pylône. dès leur première année ». Le jeune orbe de nouveau très haut puis repart sud-ouest, plein axe de la migration et arrive sur le Tentative de viol ? flanc nord du grand plateau où je perds 12 septembre 2001, entre 14 h et le6,5 kmdans l’immensité du ciel, à de la pente du nid. 15 heures A 13h05, la femelle est encore sur Contrôle de ce jeune qui vole sur le pylône. Plus tard dans l’après- le site (dolomies à pins sylvestres midi le site est déserté. du rebord du causse du Larzac). Le jeune avait quitté le nid le 29 Un adulte chasse dans l’est à juillet… Merveilleux départ pour 1,5 km du site. Au sud, à 1 km un destin incertain. de là, le couple voisin chasse également. A 14h30, le jeune crie Départ AVEC les deux adultes. Jeune circaète tombé au sol pour accueillir un adulte qui lui septembre : jeune a quitté sur un site en bord de route apporte une proie. Après le départ 22nid depuis 30lejours seulement. le de l’adulte, le jeune va se poser Je ne pense pas à son départ , et 27 juillet 2009. un pourtant… A 16h 40, il évolue Deux chênes verts isolés et accolés surh, lepiton rocheux. Peu avant mâle avec les deux adultes dans le portent chacun un nid. Cette année, 15 dans ledu couple voisin site, déclenchant les oiseaux nichent sur le plus gros arrive du jeune (dont le sexe ne vallon de naissance. Il suit ses parents qui partent au sud puis se arbre. Le 27 juillet, je vais rendre les cris connu). L’étranger se m’est pas visite au jeune prêt de l’envol. Il pose…sur le jeune ! Cris du jeune. pose sur un piton rocheux sur la crête qui sépare les deux vallées. est sorti du nid et saute, les ailes Les deux adultes orbent au-dessus écartées, dans le « houppier » du Puis l’intrus rejoint sa femelle. de lui. A 17h05, il s’envole et les chêne. Ainsi faisant, il passe à rejoint. Les trois oiseaux partent travers le feuillage et tombe dans Le départ des jeunes circaètes plein ouest, sur la voie de la les buissons au pied des arbres. Au bout de vingt minutes, il sort En 14 ans et 170 jeunes envolés, migration. A deux kilomètres du site, ils s’élèvent de plus en plus je connais précisément la durée et se met à traverser une zone du séjour du jeune après l’envol haut vers le soleil, où je les perds.. de kermès bas. Par deux fois, il Les quatre jours suivants, je du nid jusqu’à son départ en tente de s’envoler, sans succès. confirme la désertion du site. migration pour 66 d’entre eux. Il gagne finalement une zone Tous les sites sont désertés en un En 2008, le jeune de ce site était herbeuse derrière un buisson et ne bouge plus. Je vais sur place le ou deux jours. Parmi ce nombre, parti tout seul à 17h et c’était le Une immense descente «en parachute» amène la femelle dans la pente, devant le jeune. Elle se dirige vers le nid en cherchant à l’entraîner (un adulte ne donne jamais une proie au jeune lorsque celui-ci n’est pas en sécurité). Le jeune s’envole. Il suit la femelle puis -par peur du vide ?- il retourne et rejoint la pente d’où il était parti, mais plus bas au-dessus de la piste. Il gagne une zone herbeuse où il se cache derrière un buis collé au rocher. La femelle vient alors se poser dans la pente sur un rocher bien au-dessus du jeune. Celui- ci ne bouge pas. Elle s’envole et revient au même rocher. Cris du jeune. Avec une serre, elle sort alors le serpent de son bec. La proie glisse au pied du rocher. Le jeune ne bouge toujours pas. A pied, la femelle récupère le serpent et elle l’ingurgite. Elle repart. Enfin, elle va se poser à coté du jeune pour lui donner le serpent. Pour cela, elle marche comme une poule, le serpent traînant au sol sous son ventre. Tandis que la femelle s’envole, le jeune va se cacher à nouveau derrière le buis. A 17h30, je m’en vais. Le lendemain, le jeune est posé sur un des grands pitons qui domine la pente où il est né. Parce qu’il y a une scène de vie dans cet épisode, ce premier envol reste le plus beau de tous ceux que j’ai vus. La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 19 22 septembre ! Extraordinaire coïncidence ? Départ APRÈS les adultes Comme dans le premier cas, le jeune est proche du départ. Je le visite chaque jour jusqu’au 22 septembre. Le 23 septembre, à 13h30 il monte très haut dans le site (yu-yu-yu, cris plaintifs) et rejoint un adulte. Les deux oiseaux partent plein sud-ouest, sur la voie de la migration et je les perds dans le ciel. Plusieurs minutes passent, puis le jeune revient sur le site (cris plaintifs) : il n’a pas osé ! En fin d’après midi, il est toujours proche du nid. Pour avoir déjà assisté à ce que j’appelle un faux-départ, je sais qu’il partira seul le lendemain. Effectivement, je constate ce jour- là que le site est vide. Le jeune est parti 51 jours après l’envol, et comme d’autres jeunes, le lendemain du départ d’un ou de deux adultes… Il faisait beau, la vie est belle… Solitude…après la vie : il me plaît d’aller au nid du circaète après le départ du jeune. Curieux paradoxe qui fait que le bonheur s’accompagne de tant de séparations. Dans mon imaginaire, j’accompagne la migration de ces jeunes pendant un mois… traversée du désert oblige. Ponte tardive, envol tardif, mais départ anticipé d’un jeune circaète Le 17 mars 2008, j’assiste à la construction d’un nid. Le 9 avril, il est achevé mais vide (idem le 15 avril). Le 17 mai, la femelle couve. Jusqu’au 1er juillet, elle reste couchée. Le 8 juillet, elle Le vallon secret C’est un vallon secret dont on n’écrit rien, dont on ne parle pas D’anodine apparence, vêtu de chênes verts Là, il n’y a point de sentier La scie n’y a abattu aucun arbre Aucune puissance terrestre ne l’a encore défiguré Et les arbres grandissent, libres… C’est un arbre dont on n’écrit rien, dont on ne parle pas Devenu majestueux, œuvre du temps qui passe Et qui abrite un beau nid, caché Où couve, invisible, un gros oiseau blanc Qu’aucune présence humaine ne vient troubler Et la vie suit son cours, secrète… C’est une vie dont on n’écrit rien, dont on ne parle pas Qu’imaginairement on devine, couchée Et protégeant, si fragile, un petit poussin blanc Un être qui, pour la première fois, découvre De ses yeux innocents, le monde environnant Et le poussin grandit, choyé… C’est un poussin dont on n’écrivait rien, dont on ne parlait pas Qui a grandi, indifférent au temps Et que de longues semaines d’investissement Ont fait devenir ce bel oiseau blanc Appelé Circaète, maintenant proche de l’instant Et qu’un jour, enfin, on découvre envolé… …dans le vallon secret. Jean-Pierre Céret 4 novembre 2009 20 La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 amène un rameau de pin au nid (preuve que le poussin est né). Le 25 juillet, le jeune est debout à côté d’elle. Il a environ quatre semaines (éclosion vers le 28 juin et le début d’incubation le 13 mai). Le 5 août, il est seul au nid et il a 39 jours. Jusqu’au 13 septembre, je le visite quatorze fois (ce jour-là il atteint 78 jours). Ces derniers jours, il saute sur le nid, les ailes déployées mais ne s’envole pas. Le lendemain est le jour de l’ouverture de la chasse. La nuit, je suis face au jeune. A 7h20 du matin (exactement au lever du jour !), il s’envole et se pose plutôt bien à la cime d’un pin voisin. Comme il niche près d’un village, je le surveille les jours d’ouverture de la chasse. A fin septembre 2008, tous les autres sites sont désertés sauf le jeune voisin, envolé le 23 août. Je rends visite tous les jours aux deux jeunes. Le 7 octobre, le jeune voisin a 46 jours d’envol. Ses grands glissés m’annoncent qu’il va partir. Dans le site du jeune tardif, un adulte est présent en fin d’après-midi. Le lendemain, il bruine toute la journée. Le jeune voisin reste toute l’après-midi sur le même rocher, le jeune « tardif » sur un cèdre. Le 9 octobre, comme je m’y attendais le jeune voisin est parti mais lorsque j’arrive sur le site du jeune tardif…Stupeur : il n’y a ni jeune ni adulte. Ce jour- là n’est pas un jour de chasse, le jeune n’a donc pas été victime de tir. L’adulte vu le 7 au soir n’est pas parti le lendemain (bruine tout le jour). Le jeune tardif et l’adulte sont donc partis le 9 octobre, comme le jeune voisin. Le jeune tardif est parti 25 jours seulement après l’envol. Il aura donc passé trois semaines et demi dans le site avant la migration, au terme d’un élevage au nid d’une durée de 79 jours. • Jean-Pierre Céret LPO Hérault 1, rue de la Pompe 34800 Ceyras Menaces Tirs Septembre 2009, Ardèche Un circaète a été récupéré à Saint-Jeure-d’Ay (Ardèche) par le garde ONCFS, Pascal Racamier. La chasse est ouverte depuis le 13 septembre. Ce circaète a été trouvé le 20 septembre et amené au centre de soins le même jour. Il semble qu’il s’agisse d’un jeune mâle de l’année. Il présente une fracture récente de la main par plombs. L’oiseau mange sans difficulté et seul. Malgré les soins prodigués, en juillet 2010, il n’a toujours pas pu être relâché en raison d’un problème au niveau des rémiges qui déséquilibre son vol. • Jean-Claude Mourgues UFCS Ardèche Fay 07270 Boucieu le roi Plombs bien visibles sur la main. Radio : J-C.Mourgues Electrocutions Août 2009, Vendée migration de circaètes observée à cette période en Vendée, et plus particulièrement en Marais breton, Le 11 août dernier, un circaète cet oiseau était certainement Jean-le-Blanc a été trouvé mort un migrateur. La reproduction au pied d’un poteau électrique, est cependant suspectée dans le dans le Marais breton (nord- ouest Vendée). Après examen de département (l’espèce y trouve sa l’oiseau, il s’est avéré qu’il avait limite nord-ouest de son aire de été électrocuté : les plumes étaient répartition en France). clairement brûlées sur la patte et La fiche de recueil des données d’électrocutions a été envoyée à sur l’aile gauches. la LPO PACA, qui suit le dossier Compte tenu de la date et de la «avifaune et réseau électrique», Le poteau incriminé, situé en prairie dans le cadre d’un partenariat avec naturelle de marais. Photo : P.Dulac RTE et EDF. Au niveau local, la LPO Vendée s’apprête à travailler dans les prochaines années avec le SyDEV (Syndicat d’électrification de la Vendée) et la REVe (sa régie), d’une part pour étudier la mortalité des oiseaux sous les lignes électriques et d’autre part pour identifier les priorités d’actions sur le réseau électrique (effacements, neutralisations). • Perrine Dulac LPO Marais Breton marais-breton@lpo.fr Août 2009, Vendée Le 9 juin 2009, à St-Pierre d’Argençon, dans les Hautes- Alpes, un adhérent LPO observe un circaète pendu aux fils électriques. La fiche type pour les cas d’électrocution a été transmise à la LPO Paca. • Eliane Dupland LPO Paca eliane-dupland@wanadoo.fr Le circaéte électrocuté en Paca. Photo : F.Foucras La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 21 International Ukraine Note préliminaire Konstantin Pysmennyi partage notre passion. En Ukraine, il suit plusieurs couples de circaètes dans la région de Kiev. C’est avec courtoisie que Konstantin a accepté de rédiger en anglais, deux articles, spécialement pour La Plume du Circaète. Le premier est un résumé de ses travaux. Il nous parle du rapace dans un contexte géographique – l’est de l’Europe – et écologique – vastes plaines marécageuses partiellement boisées – qui ne nous est pas familier. Le second est une histoire absolument extraordinaire : celle des relations qu’il a eues pendant plusieurs mois avec un jeune circaète invalide, Jeanne. Avant de débuter la lecture, précisons que Konstantin n’est pas un inconnu. En effet, il est le concepteur et l’animateur de hoveroverus, LE site de référence sur gallicus. Ce site est très apprécié par beaucoup d’entre nous. Alors, grand merci à toi Konstantin pour le rêve et la connaissance que tu nous apportes. • Bernard Joubert Les circaètes de la région de Kiev (Ukraine) La région de Kiev s’étend sur 28,1 km2. Elle dispose de paysages variés : la partie méridionale est composée de forêts-steppes, et celle du nord – approximativement la moitié de la région appelée Kiew Polissya – est couverte de grandes forêts mixtes dont l’essence dominante est le pin sylvestre. La population de circaètes est concentrée dans ce second endroit, elle est estimée à 50-60 couples nicheurs, avec une densité plus élevée dans le nord de la région. Dans ces conditions locales, les circaètes préfèrent nettement les vastes zones forestières pour nicher et les grandes étendues humides pour chasser. Ces derniers endroits (plaines inondables, secteurs voisins des canaux de drainage) sont riches en couleuvres à collier (Natrix natrix), espèce de serpent la mieux représentée et suffisamment volumineuse pour constituer une bonne proie pour le grand aigle. Vingt cas de reproduction ont été observés de 2004 à 2009. Ils concernent huit couples différents 22 La plaine inondable de la Desna est un milieu humide ouvert typique de la région de Kiev, et une zone de chasse pour les circaètes. Photo : K.Pismennyi dont le taux moyen de réussite est de 0,6 (jeune/couple nicheur). Un couple nichant hors de la région mais en limite a été inclus. Sites de nidification et zones de chasse Le site type à circaète à Kiev Polissya est une zone à forêts éparses, avec de grands pins âgés de 50 ans, auxquels se mêlent des chênes et des bouleaux. Il faut souligner que l’exploitation forestière est actuellement assez intensive dans la région. Les coupes s’étendent d’habitude sur deux à cinq ha. De ce fait, la distance entre l’arbre de La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 nidification des oiseaux et les zones de coupe plantées en pins de un à cinq ans n’est nulle part supérieure à 200 m. Pour les circaètes, l’âge de l’arbre support du nid et le choix de l’essence (pin) sont importants. De toute évidence, la hauteur du nid sur l’arbre n’importe pas, contrairement à la forme de la couronne propice à l’installation des nids et la présence de perchoirs pour les adultes et les jeunes après leur envol. La hauteur du nid sur l’arbre varie de 11 à 33 m (n = 13). Les nids les plus hauts ont été trouvés proches de Kiev, à l’intérieur des limites de la ville, dans une forêt souvent fréquentée par les gens. A l’inverse, le plus bas était dans le secteur le plus sauvage de tous ceux prospectés. Sans exception, tous les nids étaient sur des pins. Les circaètes choisissent des points de nidification assez éloignés des lisières (1 km et plus), ils font preuve d’attachement au territoire, d’année en année. Les périphéries des forêts ne sont pas particulièrement fréquentées par les gens mais ce sont des sites habituels de reproduction pour la buse variable (Buteo buteo) et pour l’aigle pomarin (Aquila pomarina). On peut supposer que les parties internes des forêts permettent d’éviter les confrontations avec les autres rapaces. D’un autre côté, les circaètes parcourent de grandes distances pour aller chasser. Ceci est naturel pour eux. Des oiseaux en chasse ont été vus à 9-11 km de leur site de reproduction malgré la présence de bonnes zones de chasse plus proches. La région de Kiev est riche en étendues d’eau. Les plus grandes sont les rivières Dnieper, Desna, Pripyat et leurs tributaires. Elles offrent un grand choix de vastes prairies humides ouvertes. L’attraction de ces zones sur les circaètes est évidente. Tous les couples nicheurs sont localisés vers les plaines inondables, et ils les utilisent comme terrains de chasse. L’écart moyen entre deux sites de reproduction est de 10-20 km. De ce fait, les affrontements territoriaux de voisinage sont assez rarement observés. Les lignes haute tension sont nombreuses dans la région. Les circaètes se posent souvent sur les pylônes, qu’ils utilisent comme postes de chasse. jeunes circaètes quittent le nid dans la seconde décade d’août. Pendant ce temps, la migration débute. Il s’agit probablement des départs des non-nicheurs, lesquels départs sont plus précoces que ceux des reproducteurs. Les adultes nourrissent les jeunes jusque dans la dernière décade de septembre. Des circaètes en migration peuvent encore être vus dans la seconde décade d’octobre. Menaces Quelques cas de circaètes tués par les chasseurs sont connus dans la région de Kiev. Mais, dans le contexte actuel, la menace principale est la destruction des aires par les ouvriers agricoles lors des coupes. Ainsi, quatre arbres de nidification sur 13 ont été abattus en l’espace de six ans. Toutefois, à partir de juillet, les travaux de coupe à 200 mètres des nids ainsi que les déplacements de transport intensifs et réguliers à 30 mètres d’eux n’empêchent pas les circaètes de nourrir leurs jeunes et ne provoquent pas de changement de nid l’année d’après. Les circaètes sont probablement plutôt tolérants envers les personnes et les activités humaines. Le point essentiel est de leur ménager des zones de reproduction et de chasse ou, tout au moins, de ne pas leur ôter celles dont ils disposent en ce moment. Quelques observations illustrant la tolérance des circaètes vis-à-vis de l’homme Le 13.09.2004. 45/50 m. Proche d’une bicyclette, une personne est assise avec des jumelles, sans aucun affût. Un circaète mâle en chasse s’approche et se pose sur un pylône haute tension. De là, les circaètes chassent à proximité Phénologie des gens. Les premiers oiseaux peuvent être Le 15.09.2005. 30 m. Le bureau vus sur leur territoire à la fin mars. d’une usine chimique à 9 heures, Les dates de ponte et d’éclosion un jour de travail. Le secteur n’ont pas été étudiées afin d’éviter est clôturé par une barrière. Un les dérangements à ces périodes. circaète attrape une couleuvre à La plupart des nids sont à plus de collier au sol. Des personnes le 20 mètres de hauteur, et monter regardent par la fenêtre du bureau. aux arbres prend du temps. Les Le 27.07.2006. 1/1.5 m. Une personne est assise sur l’arbre du nid, à côté de l’aire. Un circaète (mâle probablement) se pose sur une branche, un serpent dans le bec. Il s’envole au bout de deux secondes. Malgré cet incident, le couple s’installe dans ce même nid l’année suivante. Le 19.08.2007. 200 m environ. Une personne stationne avec un télescope, sans affût. Pendant la journée, un circaète mâle amène six fois des serpents au nid et nourrit le jeune volant. A 16h30, la femelle apporte un serpent, se perche sur un pin mais s’en va. Elle vole à grand hauteur au dessus du site pendant une demi- heure, puis elle revient finalement au nid et nourrit le jeune malgré la présence de la personne qui n’a pas changé de place (il est surprenant de voir le changement de relation d’un oiseau sauvage avec un humain). Le 12.07.2008. 6 m. Une personne monte sur l’arbre de nidification. La femelle est sur le nid avec le jeune de 6/7 semaines. Elle tente d’effrayer la personne par des battements d’ailes, puis elle s’envole. Deux partenaires sans poussin en train de jouer au lieu de chasser Photo : K.Pismennyi Femelle âgée sur un des nombreux pylônes HT. Elle porte une grande attention sur le téléobjectif. Photo : K.Pismennyi La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 23 Le 9.08.2009. 35 m environ. Une personne est assise sur un arbre, sans cache, avec un appareil photo. La femelle se pose au sommet d’un pin avec une couleuvre à collier dans le bec, à 20 mètres du nid contenant le jeune. Elle s’envole au bout de 30 secondes bien qu’elle ait vu la personne pendant tout ce temps. Le 9.08.2009. 120 m puis 220 m. Une personne avec un équipement photographique se tient dans une ancienne coupe forestière à 120 mètres d’un nid, sans affût. Le circaète mâle apporte un serpent mais ne descend pas au nid. Il s’élève puis s’en va. La personne s’éloigne et se place à 220 mètres. Le mâle la voit. Il revient au nid et nourrit le jeune. • Konstantin Pismennyi hoveroverus@gmail.com Traduction : B. Joubert Histoire de Jeanne, circaète juvénile invalide Chronologie 31 août 2008. Au cours d’un contrôle d’un des sites de reproduction des circaètes de la région de Kiev, je trouvai un juvénile sur une route forestière, l’aile droite cassée. Il appelait un mâle qui portait un serpent. Après l’avoir cherché pendant une demi- heure, ce dernier localisa le jeune par ses cris, puis il vint se poser sur un pin. En l’absence de centre de soins à Kiev et dans les environs, j’emportai le jeune chez moi, dans un appartement situé au 15e étage. Jusqu’au 21 novembre, il vécut sur un petit balcon fermé. La cause la plus vraisemblable de la blessure était celle d’un accident : inexpérimenté, l’oiseau s’était trouvé prisonnier dans l’entrelacs dense des branches de pin. Le 2 septembre, un examen vétérinaire et une première opération furent pratiqués. L’humérus était cassé en deux et un petit morceau avait disparu. Le radius était également endommagé. La plaie ouverte endurée pendant plusieurs jours par le jeune ainsi que les lésions cutanées importantes s’avérèrent être des problèmes majeurs. Une tige en titane fut introduite dans l’os, et celui-ci fut renforcé par deux anneaux métalliques. Le 22 septembre, sa masse mesurée sur une balance de laboratoire confirma l’impression première, à savoir qu’il s’agissait d’une femelle. L’oiseau pesait 24 2 030 grs. Je l’appelai Jeanne. 7 octobre : Quand Jeanne voyait quelqu’un s’approcher, Jeanne pesait 31.08.2008 (jour de la découverte).elle mettait la tête au sol. Photo : K.Pismennyi environ 2 150 grs. Idem, le 10 octobre. Alimentation 17 octobre : seconde opération. De nouveaux points de suture furent Pendant presque trois mois, placés. Une partie du carpe et du Jeanne restera dans mon appartement. Son régime principal métacarpe était définitivement endommagée suite à une mauvaise se composait de trois catégories d’aliments : des couleuvres à circulation sanguine. L’oiseau collier de 30/80 cm de longueur fut amputé. Les anneaux placés autour de l’humérus furent enlevés (moyenne : 55 cm), tous les deux mais la tige fut laissée dans l’os. jours, de la viande de caille, avec des os partiellement broyés, sans 28 octobre : quelques points peau et, autant que possible, furent enlevés. 6 novembre : pour la troisième dégraissée ; de la viande de bœuf. La viande était trempée quelques fois, nous lui mîmes de heures dans l’eau. La caille était nouveaux points. donnée pratiquement chaque jour, 20 novembre : une seconde le bœuf tous les deux jours. La pesée indiqua 2 425 grs. ration quotidienne était de l’ordre L’augmentation de masse était probablement due au gros œdème de 200/250 grs : moins de 200 grs si Jeanne recevait un serpent, qui s’était formé à l’aile. selon la taille de celui-ci, plus de 21 novembre : d’après les conclusions du vétérinaire, l’aile 200 grs dans le cas contraire. devait être amputée. L’oiseau fut Jeanne refusa de manger uniquement les 3 et 4 emmené au zoo de Odessa. septembre, peut-être à cause des 24 novembre : une cinquième conséquences de la première opération fut pratiquée. Sous anesthésie générale, l’aile droite opération ou de la prise est amputée. Depuis lors, Jeanne d’antibiotiques. A part cela, elle a toujours montré un bel appétit. vit au zoo d’Odessa. Viktor Pilyuga, gardien spécialiste 25 novembre : Jeanne se nourrit des rapaces au zoo d’Odessa, normalement. considérait que Jeanne était en L’oiseau aura donc subi cinq bonne condition physique malgré opérations dont deux sous le mauvais état de son aile. anesthésie générale. La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 Comportement (de viande), un sac rempli de serpents, une branche particulière Dés le début, une chose s’avérait pour la mettre devant la fenêtre évidente : vu l’état de son aile, (expériences positives). Jeanne n’avait aucune chance Ses réactions négatives étaient de survivre dans la nature. de s’enfuir ou de se cacher, en Elle vivrait donc en captivité. adoptant des postures agressives Pour cette raison, les contacts avec le bec et les serres, selon avec les humains ne furent pas la circonstance. Ses réactions particulièrement évités. Du coup, positives consistaient en des sa peur des gens disparut en moins déplacements calmes vers une d’un mois. Elle fut remplacée personne ou bien un endroit par des réactions négatives désigné par un geste de la main. lorsqu’on la contrariait. Les soins Vis-à-vis de quelqu’un, elle quotidiens furent pour elle des ne quémandait jamais de la plus déplaisants. Mais ceux-ci nourriture en criant. Elle détestait étaient immédiatement suivis qu’on lui touchât les ailes mais de nourrissage. Cette alternance tolérait des grattements à la tête. avait comme effet de modifier Ceux-ci étaient acceptés avec un rapidement son comportement, ce plaisir évident. qui révélait une certaine souplesse Les modifications rapides de d’adaptation. ses relations avec les choses Jeanne déterminait tout aussi extérieures peuvent être illustrées vite les actes humains plaisants par l’exemple suivant. Un des et désagréables. Sa réaction aux actes les plus déplaisants pour objets dépendait de l’expérience Jeanne était d’être prise en que les gens lui avaient donnée main. Ses mouvements étaient avec eux. Ainsi, il y avait d’une alors extrêmement réduits. Par part les gants, certains tissus, les la souplesse de son cou, elle sondes, les seringues, les flacons, tentait de frapper les mains qui la un appareil photo (associés à des tenaient, avec son bec. Plusieurs expériences négatives). D’une fois au cours de ces séances, autre : un couteau, une assiette elle cessa toute résistance parce 17.12.2008- Coloration de 9.11.2008- Son passe-temps favori : regarder l’agitation de la ville par roussâtre des couverturesvol l’aile gauche. Plumes de la fenêtre. Noter la coloration unie de la tête. Photo : K.Pismennyi pratiquement sans barres. 19.10.2009- A l’âge de 1 an. La tête contraste avec le dos et les couvertures alaires, ce qui ne passe pas inaperçu en vol 19.10.2009- A l’âge de 1 an. L’aile et le corps ont perdu beaucoup de tâches roussâtres après la première mue. Photo : K.Pismennyi qu’une autre chose avait retenu son attention : une scène de la rue vue à partir de la fenêtre du balcon, un employé du zoo poussant une charrette. Plumage Entre le 31 août 2008 et le 19 septembre 2009, Jeanne mua une fois. La phase de mue la plus intense eut lieu pendant la période hiver-printemps. Juste après son envol, elle arborait la coloration typique du jeune circaète : tête roussâtre et plastron tacheté de même teinte, taches sans forme précise (ni allongées, ni barrée) sur le ventre, la poitrine, les flancs, les culottes et sous les ailes. Un an après, sa coloration changea. Tout d’abord, la tête devint plus tachetée et plus claire, comparativement au manteau, aux couvertures alaires et au dos. Si on avait eu alors la possibilité de voir l’oiseau en vol légèrement par dessus, ce caractère aurait pu être remarqué à grande distance. La bande sombre qui longe le rachis dans la partie roussâtre des plumes tachées devient plus contrastée et claire. En même temps, le nombre de taches diminua beaucoup sur le corps et sous les ailes. Les couvertures primaires sous alaires devinrent immaculées. Les barres sombres sur les plumes de vol seraient passées inaperçues sans les changements notables survenus depuis 2008. Nous espérons que l’évolution du plumage de Jeanne soit encore possible les années à venir. Je suis prêt à supposer que pendant deux ans, Jeanne – en tant que femelle – deviendra plus sombre, plus tachetée, et que ses taches deviendront plus marron et plus transversales. Les secondaires auront trois barres sombres et la coloration roussâtre disparaîtra. L’évolution à venir de la couleur de la tête est d’un intérêt particulier. Impressions personnelles Ayant eu l’occasion d’avoir La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 25 différents animaux, je rapprocherais Jeanne du chat. Cet animal est curieux, vif, fort et indépendant, prêt au contact avec vous, à sa façon. Il vous regarde droit dans les yeux – je ne sais d’ailleurs pas ce qu’il y cherche. Si on compare Jeanne à une buse on peut dire qu’elle est de tempérament flegmatique. Ce qualificatif peut paraître surprenant quand on a vu sa vitesse de réaction. Peut-être à cause de son jeune âge, Jeanne s’est rapidement adaptée aux gens et aux activités humaines, mais elle redevenait sauvage en l’absence de contacts rapprochés, comme cela est le cas avec les autres rapaces. Il était très intéressant de lui proposer une branche particulière pour la porter à un perchoir vers la fenêtre, et de voir comment elle l’utilisait, comment – sans être capable de 25.08.2009- Jeanne prend un bol d’air pendant une sortie naturaliste. Photo V. Pilyuga & V. Malyshok. voler – elle s’adaptait au nouveau moyen de transport. Personnellement, ma vision du circaète était celle d’un oiseau hautement spécialisé et doté d’un faible potentiel d’adaptation, donc d’un faible potentiel de survie dans un monde changeant. Après quelques mois passés en compagnie de Jeanne dans mon appartement, mon opinion a complètement changé. Pratiquement un an plus tard, je suis allé voir Jeanne au zoo. Je l’ai reconnue immédiatement à son regard, à ses actes, à ses gestes, en dépit de son changement de plumage. Son individualité est évidente pour moi. Elle personnifie parfaitement la force de la vie. • Konstantin Pismennyi hoveroverus@gmail.com Traduction : B.oubert Sensibilisation ONF/LPO : la convention s’applique Le rendez-vous avait été fixé au 25 mars 2008 sur les lieux même du site de nidification. L’Office national des forêts avait accepté d’étudier notre proposition de sauvegarder une partie de la forêt exploitable qui héberge un couple de circaètes. La veille, le lundi de Pâques, un peu de neige avait blanchi la ville de Grenoble. Mais le lendemain, sur le lieu de notre rendez-vous, à plus de 50 km de l’agglomération grenobloise, une couche de 17 cm nous accueille. Impossible d’avancer dans cette neige poudreuse avec les voitures, il faut marcher. Chemin faisant, nous (trois représentants de la LPO Isère) renseignons les 26 responsables ONF des mœurs et coutumes du circaète. «Ils ne sont pas arrivés… avec cette neige !!!» déclarent-ils. En effet, depuis plus de quatre jours, le froid, la pluie, la neige sévissaient sur le département de l’Isère. Nous arrivons vers la zone à protéger, de très beaux pins s’élèvent parmi des feuillus. Tout à coup, dans le ciel, débouche la silhouette d’un circaète, tête foncée, mouchetures très prononcées. C’est époustouflant, miraculeux de voir un «oiseau des pays chauds» survoler une forêt hivernale. Image inoubliable. La discussion va bon train, les projets de protection aussi. Cette année, le couple était présent, cependant La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 aucun jeune ne s’est envolé, le mauvais temps en est peut-être la cause. Mais si les hommes protègent sa forêt, l’an prochain avec plus de soleil, nous verrons, je l’espère, un jeune circaèton survoler ce vallon. Ce lieu découvert par Franck Boissieux l’an dernier, a permis une première coopération avec l’ONF qui sera, je l’espère, fructueuse. • Françoise Chevalier LPO Isère chevalierfrancoise@neuf.fr Rencontres des réseaux Un réseau pour Rapaces en 2010 l’aigle botté 11e rencontres chevêches Enfin un réseau national pour cette espèce mal-connue ! L’aigle botté affectionne les zones de moyenne montagne du piémont pyrénéen et du massif central, mais il occupe aussi quelques grandes zones forestières des plaines du centre de la France. Considéré comme vulnérable, la répartition, les effectifs, l’évolution et les exigences de cette espèce forestière sont très mal connus. La Ligue pour la protection des oiseaux et l’Office national des forêts se sont donc associés pour animer un réseau de suivi et de conservation. Les objectifs sont d’encourager le suivi des populations, d’améliorer les connaissances (répartition, effectifs et dynamique de population, caractéristique des habitats, etc.), de définir et de mettre en place des mesures de conservation de l’espèce. La convention passée entre les deux structures nationales prévoit la réalisation d’un bilan annuel des suivis, la diffusion d’un bulletin spécifique et la mise en ligne d’un site internet. Cette convention nationale doit favoriser les conventions locales entre délégations LPO et agences ONF pour optimiser l’échanges d’informations entre acteurs de terrain et assurer la protection de l’espèce. Cette convention est animée par A.Perthuis pour l’ONF et par R.Riols et R.Nadal pour la LPO. Tous les membres du réseau circaète s’intéressant à l’aigle botté sont invités à se faire connaître auprès de la LPO Mission Rapaces. • Renaud Nadal LPO Mission Rapaces renaud.nadal@lpo.fr • Alain Perthuis ONF alain.perthuis@onf.fr • Romain Riols LPO Auvergne romain.riols@lpo.fr Les passionnés de la chevêche sont invités à Nasbinals, en Lozère, les 11 et 12 septembre 2010. A l’initiative de Patrick Lecomte, ces 11e rencontres sont placées sous le signe de l’agriculture et de l’élevage extensif. Au cœur de l’Aubrac, des élus, des agriculteurs, un trappeur d’images viendront faire partager leur passion, leur enracinement dans ce territoire et leur volonté d’en assurer un développement harmonieux et durable : la création d’un parc naturel régional est en cours de réflexion. Sur ces terres, la chevêche, étudiée depuis 1993, est l’emblème de l’alliance qui règne entre les activités économiques et la nature. Bienvenue à tous sur l’Alto Braco, terre des hommes… et des chevêches ! Pour toutes précisions, contactez Patrick Lecomte (patrick-le.comte@ orange.fr) ou la LPO Mission Rapaces (aurelien.salesse@lpo. fr). Les modalités d’inscriptions et le programme sont précisés sur le site http://cheveche.lpo.fr/. • Alto Braco et LPO Mission Rapaces ouvert à tous, est également prévu. Pour plus de précisions, contactez la LPO Isère (Nicolas Zimerli, agriculture.isere@lpo.fr et Daniel de Sousa, daniel.de-sousa@ fresenius-kabi.com) ou la LPO Mission Rapaces (renaud.nadal@ lpo.fr). Les modalités d’inscriptions et le programme sont précisés sur le site http://busards.lpo.fr/. • LPO Isère et LPO Mission Rapaces Premier colloque national dédié au faucon pèlerin ! La LPO organise le premier colloque national sur le faucon pèlerin à Albi (Tarn) les 19 et 20 novembre prochain. L’occasion pour les plus grands spécialistes d’exposer leurs connaissances sur des thèmes aussi variés que la biologie de la reproduction, les dynamiques de populations, l’écologie de la conservation, le pèlerin et les sports de pleine nature ou encore la conquête des sites urbains. Des confrères étrangers sont également invités à partager leurs expériences. Le réseau pèlerin est vivement convié à ces journées ainsi que tous les naturalistes passionnés de rapaces. Cette rencontre est aussi ouverte 17e rencontres busards à tous les partenaires qui sont ou Les 17e rencontres nationales du peuvent être amenés à collaborer réseau busard seront organisées à nos côtés en faveur du faucon à la Côte-Saint-André, dans pèlerin (ONCFS, scientifiques, l’Isère, les 22, 23 et 24 octobre services de l’Etat, Collectivités prochain. La LPO Isère se locales, Parcs naturels régionaux, prépare à accueillir une centaine Comités départementaux de la de participants à ce rendez- Fédération française de montagne vous désormais incontournable. et d’escalade…). Un moment de Les résultats du programme de rencontres et d’échange à ne pas marquage alaire et le bilan de manquer ! Pour plus de précisions, la première année de l’enquête contactez la LPO Tarn (tarn@lpo. busards seront largement abordés. fr) ou la LPO Mission Rapaces Nouveauté, pour permettre à tous (fabienne.david@lpo.fr). Les de prendre la parole, des ateliers modalités d’inscriptions et de collectifs sont prévus, sur les réservations sont précisées sur le thèmes de l’éolien, du recours site http://pelerin.lpo.fr/ ». juridique, et des milieux naturels. Un concours photographique, • LPO Tarn et LPO Mission Rapaces La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 27 Un dépliant de sensibilisation Hommage pour le réseau circaète ? à Françoise Gérardin Dépliant de sensibilisation diffusion du document auprès Le 17 avril dernier, Françoise La LPO Mission Rapaces édite du réseau. Nous comptons donc Gérardin nous a quittés. Après des dépliants de sensibilisation, sur vous pour nous faire part de une belle journée passée avec des classiques documents en trois vos remarques sur la nécessité naturalistes à partager conférence volets, dédiés à différentes éventuelle de disposer de cet outil. et observation, son cœur s’est espèces. Après les busards, ce • Renaud Nadal arrêté suite à un infartus. Militante sont les réseaux milan royal et LPO Mission Rapaces passionnée et dynamique, chevêche qui ont fait la demande renaud.nadal@lpo.fr Françoise a œuvré toute sa vie de disposer de ce support pour le respect de la nature et des d’informations. animaux. Son amour de la vie, elle Si les membres du l’a transmis durant sa carrière de réseau circaète le professeur de SVT et au sein des souhaitent et jugent associations de protection de la ce support nécessaire nature qui pouvaient compter sur pour les prises de sa détermination et son énergie. contacts avec les Françoise assurait également exploitants forestiers, la surveillance des circaètes en les propriétaires privés, Gironde et participait activement les administrations, etc. au réseau circaète. Ceux qui nous nous chargerons, sont venus à la rencontre de avec votre aide, de définir Nadaillac se souviennent de son le contenu, puis de solliciter caractère joyeux et déterminé. Sa une subvention pour la bonne humeur, sa franchise, son maquette, l’impression et la militantisme nous manquent mais resteront pour nous un exemple à suivre. entre les Pyrénées et les Alpes, étude sur la présence des rapaces l’enquête nationale busards, le dans la toponymie, etc. Avec la bilan du plan d’action chevêche, revue, vous recevrez également etc. La mobilisation européenne les cahiers de la surveillance est illustrée par les colloques des rapaces en 2009, synthèse et plans d’actions en faveur du annuelle des suivis. Abonnez- vautour percnoptère, du milan vous, abonnez vos amis à cette royal et du faucon crécerellette. revue associative et soutenez ainsi La revue relate également les les programmes de conservation. études actuelles telles que le • LPO Mission Rapaces régime alimentaire du balbuzard et l’hivernage du faucon crécerelle. Et parmi les surprises récentes, sont relatées la première naissance d’un vautour moine dans les Baronnies et la découverte de la chevêchette sur le Vercors. Des thèmes très diversifiés donc, puisque vous sont également Le 12e numéro de la revue Rapaces proposés une note sur l’agressivité de France est paru en août 2010. intraspécifique chez le circaète, Le zoom est consacré au plus des conseils de spécialistes pour puissant des rapaces, l’aigle la prospection de l’aigle botté, royal, dont l’augmentation des un retour sur le suivi par caméra populations en fait aujourd’hui un des faucons pèlerins d’Albi, une symbole de la protection réussie compilation des cas de mortalité des rapaces. Les programmes du grand-duc, une analyse de nationaux sont abordés avec la nécessaire coopération entre le projet de corridor gypaète citoyens et scientifiques, une Rapaces de France 28 La plume du circaète n°8 – LPO Mission Rapaces – Août 2010 La plume du circaète Bulletin réalisé et édité par la Mission Rapaces de la LPO Conception et réalisation : LPO mission rapaces B.Joubert – R.Nadal – Y.Tariel Tel : 01 53 58 58 38 – Fax : 01 53 58 58 39 62 rue Bargue, 75015 Paris rapaces@lpo.fr: Relecture : D.Monier, B. Joubert et J-P.Malafosse Photo de couverture : B.Berthémy. Création / composition : la tomate bleue LPO © 2010

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