La Plume du Circaète, September 2019
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n° 18 – Septembre 2019 5e rencontre Circaète : 5 et 6 octobre 2019 Brèves Deux circaètes dans l’Oise Reproduction dans l’Eure Prospections dans l’Isère Prédations en Lozère 2 3 4 5 Des nouvelles de l’Hérault 7 International Suisse Hongrie Lituanie Italie 15 15 15 16 1 La Mairie de Gémenos, le CEN PACA, la LPO Mission rapace, le PNR de la Sainte- Baume, Jean-Claude TEMPIER administrateur au CEN PACA et moi-même, sommes heureux de vous accueillir dans cette ville, située au pied de la montagne mythique de la Sainte-Baume. Il était tout naturel d’être accueilli par la ville de Gémenos, dont la commune fait partie du PNR de la Sainte-Baume, car non seulement celle-ci accueille un couple de Circaète nicheur, mais également deux couples d’Aigle de Bonelli, ce qui est exceptionnel. De par la présence de milieux très divers, la Sainte-Baume présente aussi une grande richesse sur le plan topographique, hydrographique, de la flore, de la faune et constitue une réserve pour la biodiversité. Par exemple le massif abrite tous les coléoptères français cités à l’annexe II de la Directive Habitat, ainsi que de nom- breux oiseaux patrimoniaux (Aigle de Bonelli, Circaète Jean-le-Blanc, Grand-duc d’Europe, Autour des palombes, Pipit rousseline, Bruant ortolan, Traquet oreillard, Pie-grièche méridionale…). Après un diaporama de présentation rapide de la Sainte-Baume, de notre secteur d’études ainsi que du programme de demain, nous passerons la parole aux divers conférenciers. La plume du circaète n°11 Richard – Juillet FREZE 2014 La plume du circaète n°18 – Septembre 2019 1Brèves Stationnement exceptionnel de deux circaètes dans l’Oise Source : Avocette 2018 (42) 1-5-10 Henry Lucas de Lestanville Les deux individus observés dans l’Oise © H. de Lestanville Données contemporaines du Circaète Jean- le-Blanc (Circaetus gallicus) en Picardie 10 9 8 7 6 5 4 3 2 1 0 En fin d’été 2016, deux circaètes immatures ont été observés depuis le site de migration de Brassoir en Picardie. Ce secteur de la forêt de Retz présente des secteurs boisés calmes, des terrains de chasse ouverts riches en reptiles et un relief qui engendre des ascendances. Le site est accidenté et le vent y souffle en permanence rarement en dessous de force 3 (12 à 19 km/ heure au sol). Les coupes forestières dans les pentes sud et les larris (versant inexploité) de la vallée de l’Automne sont riches en reptiles. Les observations s’étalent du 6 août au 21 septembre. Du 23 août (au moins) au 10 septembre (au moins), deux individus sont présents. L’espèce restant rare et exceptionnelle dans cette région (ROYER, 2013), cette halte prolongée de deux individus est inédite dans la littérature régionale par le nombre de journées et d’heures de suivi documentées. Parallèlement, on constate la même année un nombre assez élevé de circaètes dans les régions voisines (16 au total pour la Champagne- Ardenne et trois dans le Nord-Pas- de-Calais) et des effectifs records ont été observés en migration à Eyne en 2014 et 2015 (DUBOIS & CHAILLOUX, 2016). Année Somme (80) Aisne (02) Oise (60) Sources : Clicnat (Picardie nature) et Migraction 2 La plume du circaète n°18 – Septembre 2019Reproduction exceptionnelle dans l’Eure Le 31 juillet 2010, j’observe fortuitement un jeune envolé depuis peu qui quémande au-dessus de mon domicile. L’hiver suivant je cherche le nid, avec comme priorité les parcelles de pins en bord de rupture de relief. Je trouve, en avril 2011, un nid pas très gros (cf. photos), dans un pin, en limite de plateau donc en bord de pente, qui est une sorte de plateau frêle en bout de branche, permettant de décoller/atterrir dans un espace bien ouvert. En avril 2012, je trouve au pied du nid des restes de coquille d’œufs (œuf de 2011 puisque le nid n’était pas occupé en avril 2012). Je les confie à Pierre-Nicolau Guillaumet et à des spécialistes de reconstitution d’œufs au MNHN, qui confirment que l’œuf est de la taille de celui d’un circaète Ce nid n’a jamais été réoccupé par la suite (je l’avais montré à Fabrice Gallien, du GON, qui habitait juste à côté). En résumé, ce site a vu l’envol d’un jeune en 2010, et une éclosion en 2011. Coquilles retrouvées sous le nid © F. Jiguet Frédéric JIGUET MNHN, CRBPO frederic.jiguet@mnhn.fr Nid découvert en 2011 © F. Jiguet La plume du circaète n°18 – Septembre 2019 3Les fadas des circas et les aléas des prospections Le réseau des observateurs circaète dans l’Isère © F.Chevalier En Isère, fin mars, le réseau circaète organise des journées prospections adressées au grand public pour une meilleure connaissance des rapaces et notamment du circaète Jean-Le- Blanc. Nous nous retrouvons au pied des sites de nidification pour confirmer le retour des oiseaux et surtout localiser l’aire choisie par le couple. C’est l’occasion de regrouper spécialistes et néophytes et transmettre notre passion. Trois journées ont rassemblé au total 64 personnes dans le massif Prospection le 31 mars 2018 dans l’Isère… 4 de l’Oisans sur les communes d’Entraigues et de Bourg d’Oisans. Malheureusement, les circaètes n’étaient pas aux rendez-vous. Sur les 9 sites observés les 24, 25 et 31 mars 2018, seuls 2 couples (Valbonnais et Bourg d’Oisans) nous ont permis d’observer des accouplements ou essai d’accouplement. Aucune recharge d’aire (construction d’un nid) n’a été vue ce qui est exceptionnelle à cette période. Et c’est la première année depuis 18 ans qu’aucune aire n’a été localisée pendant ces journées de prospection. Les conditions climatiques semblent en être la cause. Lors de leur migration, les circaètes ont dû affronter pluie et vent, ces intempéries les bloquant au passage des cols. Les oiseaux ont préféré chasser pour se «refaire» une santé avant de «batifoler» (se reproduire) sur leur site ou attendre un ou une partenaire retardé(e). L’exceptionnel fut la sortie du 31 mars. Les 33 participants ont été accueilli ©F.Chevalier par 15 cm de neige fraîche ! La montagne immaculée était magnifique. Mais comment chercher une tâche blanche dans le blanc du paysage, cela relève de l’impossible ! Un repli général à moins haute altitude à Cognet a abrégé les observations sur ces lieux. Cependant, pour toutes ces sorties, aigle royal, buses, faucon pèlerin, grands corbeaux et mammifères (mouflons, chamois, chevreuils) ont pu être observés. La saison 2018 s’est fait attendre. Les couples de circaètes se sont installés dans la première quinzaine d’avril au lieu de fin mars comme les autres années. Les envols des jeunes se sont situés plus tardivement dans la troisième semaine d’août. Ce retard n’a pas eu de conséquence néfaste sur la reproduction dont le taux s’élève à 0,61, taux supérieur à la moyenne de l’Isère qui est de 0,59. Nous espérons que ces sorties motivent des jeunes qui poursuivront et s’impliqueront dans les suivis de couples de circaètes. Françoise Chevalier Coordinatrice circaète LPO Isère La plume du circaète n°18 – Septembre 2019Récits de prédations en Lozère Le premier cas, imputable à l’Aigle royal Aquila chrysaetos, nous l’avons observé, Thérèse Nore et moi, le 24 juin 2018 lorsque vers 14h15 la femelle arrive à l’aire pour nourrir son jeune. «La femelle d’aigle arrive de dos et se pose directement dans cette aire cévenole gardoise de la Vallée borgne. Elle dépose sa proie devant elle et le jeune se précipite pour ce l’approprier. Ce n’est que lorsque qu’il relève la tête que nous voyons clairement qu’il s’agit d’un poussin. Le tenant par le bec et nous présentant sa proie de face, il nous est alors possible de reconnaître un jeune circaète issu d’une ponte assez tardive puisqu’il semble avoir entre 10 et 15 jours. Il entraine ensuite son repas au fond de l’aire pour le consommer tranquille. Maigre apport de proie pour l’aigle mais une perte pour nous car ce circaète provient sans doute d’un couple que nous suivons dans la vallée». Le couple le plus proche nichant en crête et plus à l’ouest a échoué cette année mais il est difficile de dire si c’est à cause des aigles. Le prélèvement sur l’aire d’un poussin aussi jeune ne laisse pas d’indice perceptible. Nous avions déjà observé un apport d’un poussin de circaète un peu plus âgé (environ 4 semaines) dans une aire d’aigle royal fin juin 1982 dans les gorges du Tarn. Il est certain que les poussins de circaète sont des proies extrêmement vulnérables vis-à-vis de l’Aigle royal, compte tenu du fait que les aires qui les abritent sont très exposées à la vue des prédateurs ailés. Le deuxième cas ce passe le 15 avril, près d’une aire d’aigle où une femelle « royale » est en train de couver et concerne la mise à mort d’un circaète mâle adulte. Nous avions déjà décrit dans le bilan de 2010 la tentative de prédation d’un circaète mâle par un immature d’Aigle royal et qui s’était soldée par un échec. Cette fois, face à l’expérience d’un Aigle royal adulte et déterminé le circaète n’y a pas échappé. Le texte, un peu long, s’inspire du courriel envoyé le soir même aux amis « rapaçologues ». Les spécialistes de l’éthologie excuseront le style volontairement émotionnel mais ce genre d’observation est suffisamment rare et inattendue pour ne pas se La femelle d’Aigle royal sur le Circaète mâle © JP.Malafosse La plume du circaète n°18 – Septembre 2019 laisser imprégner ou pénétrer par l’ambiance du moment. Cette journée du 23 avril est un répit météorologique cette année et le soleil attire les circaètes sur ces pentes bien exposées où les reptiles ne vont pas tarder à circuler. Nous prenons le temps, mon collègue Emeric et moi, d’observer « entre midi et deux » comme on dit, une aire d’aigle nouvellement occupée. Le couple à en effet construit l’an dernier leur nouveau nid dans un gros douglas bien éloigné de leur site habituel. L’observation est commode. La femelle, couchée sur la coupe bien verte de l’aire, scrute chaque évènement que son regard peut accrocher. 12h25 elle se lève et tourne ses oeufs. Le passage de son mâle ne lui échappe pas, pas plus que l’arrivée vers 12h40 d’un circaète (mâle) derrière elle et en crête de son vallon. Son attention ne va plus quitter ce grand rapace blanc qui s’attarde dans « sa » combe en fouillant méticuleusement le sol de son regard doré. Le Circaète quant à lui ne se doute pas que de nouveaux locataires ont investi la zone. Cela fait sans doute plusieurs années qu’il vient chasser en toute tranquillité ces landes « giboyeuses ». D’ailleurs, ça y est, au bout de quelques minutes seulement il se laisse tomber, avec toute l’élégance qui caractérise son espèce, sur un probable serpent. Il a du faire mouche et je le vois lutter avec sa proie. La femelle aigle a suivi toute la scène et le perfore du regard lorsqu’il touche le sol de l’autre côté et en contre bas du vallon. Elle se lève sur son aire pour mieux juger la situation et s’élance pour aller en découdre avec cet intrus. A ce moment là, je pense que s’en est fini du circaète. Elle progresse intelligemment en 5rasant la partie haute du vallon, contournant un rocher à l’abri du regard de sa proie, pour s’abattre directement sur le circaète sans le moindre coup d’aile. Elle le harponne par derrière de plein fouet avec ces serres et le plaque à terre. Il n’a rien vu venir et se défend à peine, tétanisé par le choc et la puissance de son agresseur. La tête sous le corps de l’aigle et les ailes à demi écartées, il se laisse plumer vivant. Ensuite elle le déplace un peu. La tête du circaète se redresse et il semble implorer de ses yeux jaunes l’aigle qui lui fait face et l’observe d’un regard profond. Ce face à face dure quelques interminables secondes, puis l’aigle s’envole et regagne son aire. La tête du circaète tombe en avant… Il vient sans doute de mourir. Fin de l’histoire, il est 13h00. L’aigle n’ayant pas mangé un seul morceau du circaète, il est difficile d’appeler ça une prédation. Il s’agit plutôt d’un comportement territorial de défense envers un grand rapace potentiellement dangereux et dont la présence est non tolérable pour l’aigle si près de son aire. Prédation ou pas, pour le circaète le résultat est le même et il est fort probable que ce mâle adulte aurait transporté cette proie vers une (sa) femelle en train de couver. Compte tenu de l’importance du rôle nourricier des mâles de circaète en période d’incubation, il est certain que sa mort aura entrainé la perte de l’oeuf et l’échec de la reproduction pour son couple. Le troisième cas de prédation cette année est imputable au Grand-duc d’Europe Bubo bubo. Pas de chance encore une fois pour ce couple de circaète habitué à voir son aire tomber à terre régulièrement. Nous avions raconté l’histoire l’an dernier, dans le bilan 2017, de ce jeune élevé sur une aire artificielle que nous avions érigée en tout hâte suite à la chute de son nid. Cette année les circaètes sont revenus sur ce site et ont reconstruit l’aire dans le même Pin sylvestre que l’année dernière. L’aire a tenu bon mais cette fois c’est la visite d’un Grand-duc d’Europe qui est venue perturber ces oiseaux. Lors de notre passage en Août, nous avons retrouvé les restes du poussin déjà grand (plumes en tuyaux bien développées) un peu en contre bas du nid. Nous aurions bien sûr conclu à une prédation par un rapace en observant le type de consommation, mais la découverte d’une belle rémige de Grand-duc au milieu des plumes du jeune circaète, nous a dévoilé l’identité du prédateur (voir photos 3 et 4). Une signature du prédateur est souvent présente quand le jeune, déjà un peu développé, se défend avant de succomber. Nous avons également eu de telles signatures avec l’Autour des palombes Accipiter gentilis. Jean-Pierre Malafosse Coordinateur circaète Lozère malafossejeanpierre@orange.fr Accouplement au mois de mars en Haute-Loire © B.Joubert 6 La plume du circaète n°18 – Septembre 2019En direct de l’Hérault Depuis 1995, Jean-Pierre Céret étudie la reproduction des Circaètes dans l’Hérault. En 2011, il avait confié à la Plume du Circaète n°9, la publication de nombreuses brèves intitulées «Notes sur les comportements observés dans l’Hérault». En 2018, 23e année de suivi, la reproduction se révèle exceptionnellement mauvaise dans son secteur. C’est l’occasion pour Jean-Pierre de faire un bilan de la productivité et de s’interroger sur les causes des échecs en 2018. A la suite de ce premier article, il propose à nouveau une série de notes sur divers comportements observés au cours des régulières séances de suivi. A propos de la productivité Une productivité généralement bonne De 1995 à 2018, 566 cycles reproductifs suivis (43 sites différents) donnent un minimum certain de 383 jeunes envolés, soit un taux de reproduction de 0,68. Cependant, dans trois sites où l’observation est particulièrement difficile et malgré une bonne pression de suivi, quelques cas considérés comme étant un échec ou absence de reproduction ont pu produire un jeune à l’envol. De ce fait, le nombre de jeunes envolés cité ci-dessus est sans doute légèrement inférieur à la réalité. Excepté les cas extrêmes – 5 jeunes en 5 ans pour un couple (trop peu d’années), 1 jeune en 5 ans pour un autre (possible trio polyandrique) – la productivité par couple va de 41% (9 jeunes en 22 ans : site où l’Autour sévit) à 94% (15 jeunes en 16 ans, avec dans ce cas 13 jeunes élevés consécutivement, le record actuel). Citons également ce couple avec 18 jeunes élevés en 20 ans (90%). Pour les 22 années précédentes, il y avait eu quatre années à faible taux de reproduction (de 50 à 55%) et 18 années avec un taux de reproduction bon à très bon (de 62 à 89%). En 2018, ce taux chute pour la première fois en dessous de 50% (17 jeunes pour 38 cycles suivis soit un taux de reproduction de 0,45) pour le secteur habituel (Centre Hérault). Pour expliquer cette mauvaise productivité, deux facteurs aggravant s’ajoutent cette année aux conditions climatiques défavorables en avril-mai-juin : les arrivées tardives et la rareté de la ressource (une première). Des arrivées tardives en 2018 Habituellement, excepté les rares précoces et tardifs, les oiseaux arrivaient en deux vagues, entre les 15 et 20 mars, puis entre les 20 et 25 mars. Cette année une petite moitié de couple arrive entre les 14 et 19 mars. Du 20 au 26, une période de vent à grand vent entraînant une chute des températures retarde l’arrivée des autres oiseaux. Ce n’est qu’entre les 27 et 31 mars que les autres sites se remplissent. Après cet épisode venteux et froid, c’est une période pluvieuse qui s’installe du 8 au 14 avril. Ce n’est qu’au 15 avril que les températures reviennent aux normales de saison. A partir du 6 mai et jusqu’au 12 juin, il n’y a pas moins de 21 jours avec des passages pluvieux et orages répétitifs. Le 23 mai entre 14h30 et 15h00, en ma présence, La plume du circaète n°18 – Septembre 2019 des trombes d’eau anéantissent une reproduction en cours (c’était le 46e jour pour cette femelle au nid) et à l’évidence celle des deux couples proches, situés plus à l’Est dans le prolongement de ce déluge. Dans ce créneau horaire, le couple situé plus à l’Ouest est peut-être victime non pas du déluge d’eau mais de la grêle… Ces arrivées tardives puis mauvaises conditions climatiques sont sans doute responsable d’un nombre élevé d’absences de reproduction, d’échecs et de pontes en mai (un minimum de 5, record pour la zone concernée). Et les ressources se font rares Rappelons que tous les jeunes envolés sont, chaque année, suivis jusqu’à la désertion du site. Les aléas climatiques, dernière décade de mars (arrivées tardives), deuxième semaine d’avril (pontes) et de mai à juin (incubation et élevage) ne suffisent pas à expliquer le nombre de sites en échec (21 au total). En effet, sur ce nombre, 13 sites sont en basse garrigue, secteurs bien moins touchés par les violents orages que le relief. Parmi ceux-ci, cinq secteurs abritant sept jeunes semblent avoir connu des problèmes de ressource : dans un cas, le jeune envolé le 14 ou 15 août 7n’est plus jamais revu (17 visites jusqu’au 1 octobre) mais surtout aucun adulte n’est vu dans le site après le 13 septembre. Dans cinq autre cas, les jeunes ne sont plus revus après une trentaine de jours de présence suivant l’envol : qu’ils ne quittent pas les abords du nid depuis l’envol jusqu’à la désertion du site (3 cas) ou qu’ils désertent le site peu après l’envol pour aller chasser comme je l’ai constaté dans un des deux autres cas (retour de chasse dans le site 25 jours après avoir vu le jeune pour la dernière fois). Durant les 22 années d’étude précédentes, le suivi des jeunes après l’envol montre que la majorité d’entre eux ne désertent le site qu’au stade ultime qui précède le départ. Le fait que la même année autant de jeunes dans des secteurs voisins soient obligés de chasser peu après l’envol du nid prouve que les adultes avaient des difficultés à les nourrir… Ajoutons que dans six autres sites voisins, l’absence de reproduction est peut-être liée à la diminution de la ressource. En 2018, seuls 7 des 17 jeunes envolés ont accompli un cycle post-envol entier (de 40 à 55 jours). Jean-Pierre Céret Quelques comportements observés dans l’Hérault Scène (amusante) de la vie de famille Quelques chênes blancs, des pelouses et buis. Secteur probablement riche en lézard vert. Le jeune chasse proche d’un adulte. A la vue du deuxième adulte qui vient vers lui d’un long glissé ininterrompu, le jeune va au sol. L’adulte le rejoint, lui donne la proie et s’envole vers l’autre adulte. Le jeune s’envole vers l’adulte pourvoyeur, qui dès son premier stationnaire bascule en piqué tête vers le sol, croisant le jeune en train de monter dans la même « pompe ». L’adulte interrompt le piqué, se remet en stationnaire, puis descend au sol – parachute freiné – le jeune le suivant dans la descente jusqu’au sol… Quelques dix secondes après, laissant la proie au jeune, l’adulte s’envole et se remet en stationnaire. Le jeune s’envole et à nouveau le rejoint, cette fois à quelques dizaines de mètres. Après une descente interrompue par deux stationnaires, l’adulte va au sol. Le jeune le rejoint en vol glissé descendant mais se ré-envole aussitôt. Cette fois, l’adulte ne lui a pas laissé la proie. Ce n’est qu’après plusieurs minutes qu’il s’envole, rejoignant le jeune qui chasse… Il est temps pour moi d’aller voir un autre jeune… De 13h30 à 14h00, le 23 septembre 2011. Causse Larzac méridional. Serpents, festin, festons Je suis avec Nicolas. Un des deux circaètes qui volent se pose à la cime d’un pin en lisière du petit bois sur le rebord des gorges. Affût. Il descend au sol parmi les buis et s’envole une petite couleuvre au bec qu’il avale tout en volant. Il se repose à la cime d’un pin, à nouveau en lisière mais cette fois de l’autre côté du bois. Presque aussitôt, il va au sol et s’envole avec une grosse couleuvre dans les serres. Il se pose sur une barre rocheuse au bord des gorges, dépèce et mange la couleuvre en plusieurs minutes. Il s’envole et après le festin… des festons dans le site, qu’il quitte… le ventre plein. Après-midi du 28 août 2012. Causse Larzac méridional Le couple avant la ponte : le mâle apporte un lézart vert à la femelle (à droite) © R.Balestra 8 La plume du circaète n°18 – Septembre 2019Circaète opportuniste ? Causse enneigé après des chutes tardives. Ciel nuageux. Température douce. Les nuages d’altitude filent à grande vitesse laissant apparaître des pans de ciel bleu qui ensoleillent des parties du Causse où chassent plusieurs circaètes. Dans le bois de chênes pubescents, des chevaux tout et tous blancs (des camargues m’a-t-on dit) qui pâturent. Le circaète est en stationnaire à environ quarante mètres du sol. Tout à coup, il bascule, la tête vers le sol, ailes repliées contre le corps, tel un aigle il pénètre dans le bois, slalome entres les fûts à une vitesse ahurissante pour véritablement s’écraser dans les buis… De longues minutes passent… s’est- il assommé ?… cassé une aile ?… Enfin, il s’envole et se pose sur la basse branche d’un chêne face à un cheval qui le fixe du regard… A-t-il capturé le lézard vert ? (ou mammifère) ? Avril. Causse Larzac méridional. la rive droite… Mouvements de tête verticaux et latéraux vers la rive gauche… Que voit-il ? Il s’envole, traverse le canyon, remonte le flanc opposé en vol battu accéléré et, serres projetées vers l’avant, vient heurter la falaise… La queue déployée fait appui, les ailes fouettent contre le rocher où il se maintient trois, quatre secondes, puis chute (dos tourné à l’observateur) au pied de la falaise disparaissant derrière un écran de bruyère… Après une trentaine de secondes, il se réenvole et pique vers le fond du canyon où il se repose dans un pin… Un écureuil ? Il semble que lors de l’envol, j’ai vu la queue de l’animal dans les serres, de plus il serait sans doute resté plus longtemps au sol. Ne vient-il pas d’attaquer (et de capturer) un lérot ? Dont j’ai déjà noté la présence dans ce site lors de séquences d’affût au grand-duc. Entre 17h25 et 18h25 le 14 avril 2007. Garrigue de l’Hérault. Partout des plaques de neige. Grand ciel bleu. Température entre 10°C et 15°C. La femelle Aigle royal depuis peu installée n’est pas au rendez- vous. Loin au Sud-Est, deux points sombres que je crois d’abord être des aigles grossissent et deviennent deux circaètes. Nous sommes le… 31 janvier 1999 ! Les deux oiseaux se mettent en quête devant moi. Stationnaires sur les pelouses et buis. Profitons de l’aubaine. J’observe le plus proche. Il descend à la cime d’un buis… vigoureux battements d’ailes… la proie ne sort pas. Plus tard, il descend et disparait dans une petite dépression du Causse… d’où il s’envole un passereau dans une serre… Entre 15h et 16h30 le 31 janvier 1999. Causse Larzac Ouest. J’arrive en voiture sur ce causse à kermès où nichent une dizaine de couples de busards cendrés et un couple de circaètes. Après un virage, un circaète est posé au bas de la piste, de dos, en train de mettre des violents coups de serre au pied d’un arbrisseau. Arrêt. Tournant la tête, il me voit et s’envole. Je vais voir. Des arbrisseaux épars dont celui incriminé, un ciste, que j’examine. L’espacement trop étroit entre son pied et le sol n’autorise pas à une couleuvre de pouvoir s’y glisser. De même, le circaète ne dépenserait pas une telle énergie pour capturer un simple lacertidé… Il est probable que le circaète tentait de déloger un Seps (nombreux sur ce Causse) qui s’était réfugié sous ces racines… Entre 16h45 et 17h55 le 21 juillet 2009. Causse d’Aumelas. JPC Le mâle circaète est à la cime d’un pin, très bas, sur le flanc de C’est une pente où il n’y a rien (préservée du tourisme). Une belle La plume du circaète n°18 – Septembre 2019 pente de grès rouge exposée à l’Est. Tout en haut quelques herbes, du thym… Entre 17h50 à 18h, le couple de circaètes fait six prises (l’oiseau se pose sur la proie, au besoin met un coup de serre puis on voit la tête se pencher sur les serres, décortiquer, puis saisir et avaler). Le lendemain, de 17h55 à 18h50, le même couple cueille sans interruption… Se peut-il qu’il y ait autant d’insectes si tôt en saison ? Dans le crépuscule naissant, les circaètes cueillent encore et encore. Je les devine (grâce au ventre clair) plus que je ne les vois. Cela m’émeut. C’est une pente où il n’y a rien (réservée aux circaètes). Pour l’instant… Les 6 et 7 avril 2018. Garrigues de l’Hérault. A l’aval du nid du circaète, après un coude et à 350 mètres, un défilé rocheux au fond duquel coule un petit ruisseau permanent. Comme d’habitude et malgré une vue plongeante vers le nid, tant qu’il ne bouge pas je ne vois pas le jeune. A 18h00, venant du défilé sur une trajectoire ascendante, le mâle amène une proie au nid. De dos, posé, la queue déployée masque les serres et donc la proie… L’oiseau repart vers le défilé. Quelques jours après à 17h38, à nouveau le mâle arrive du défilé, amène une proie au jeune puis retourne au même endroit… A 17h43, retour du mâle avec proie et redépart vers le défilé… Nul besoin d’appareil photographique, on comprend que l’oiseau capture des grenouilles et/ ou crapauds… Les 6 et 28 juillet 2018. Garrigues de l’Hérault. Chasses du jeune circaète Cette note décrit les attaques identifiées du jeune circaète (échec, captures) concernant les proies autres que des insectes (mantes, 9dectiques, criquets, éphippigères, etc…). La rareté des gros lézards (verts et ocellés) et couleuvres par rapport aux insectes et lacertidés et la brièveté des attaques (quelques secondes) expliquent le peu de cas observés en 23 ans. Il faut être là au bon moment. Cependant, les attaques observées et interrompues ou sans prise ne concernent évidemment pas des insectes (faciles à capturer). De même, lorsqu’on arrive dans le site et que le jeune mange un serpent, il se peut que ce soit lui qui l’ait capturé. Mais ces cas ne peuvent être identifiés (échec ou absence de preuve). Après l’envol du nid et jusqu’à la désertion du site (de 30 à 70 jours), les jeunes sont nourris par les adultes. Globalement, pendant les trois à quatre semaines qui suivent l’envol, les jeunes sont plutôt passifs. Dans les sites très fermés autour du nid et parce qu’ils ont peu de chance de captures des proies, la femelle amène des couleuvres vivantes que le jeune doit tuer. Peu après, ayant acquis une bonne maîtrise du stationnaire, les jeunes (plus par opportunisme que par nécessité) chassent les zones ouvertes proches du nid – plateau ou pente qui domine le site – mais toujours à vue de celui-ci. Il est très rare qu’un adulte donne une proie au jeune hors du site. Cela ne peut arriver qu’au stade ultime qui précède le départ. Lorsqu’un adulte arrive un serpent au bec et que le jeune n’est pas dans le site, il l’entraîne toujours dans le vallon ou la pente du nid avant de lui donner la proie. De ce fait, lors d’une visite dans le site, quand on voit un jeune arriver dans le vallon du nid un serpent dans les serres, on peut être certain que c’est lui qui l’a capturé. Ces cas ne sont pas décrits dans cette note. Dans les cas relatés ci-après (4 à 7 semaines d’envol) excepté le cas 1 hors du site, les captures ont lieu dans le vallon du nid ou aux 10 abords. A ce stade, en septembre et comme les adultes, les jeunes sont capables de capturer idem : en piqué tête en avant (cas 2 et 4), en descente « parachute freiné » sur la proie (cas 3) ou en glissé descendant (cas 5). De même, comme eux, si le lieu de capture n’est pas sécurisant (végétation cas 2, route et piste cas 3 et 5), le jeune ne prend pas le temps de tuer la proie sur place, et l’emporte en lieu sûr (nid, pierrier dégagé). Il n’y a que dans le cas 4, vaste pierrier, que le jeune reste sur place pour dépecer la proie. Malgré un faible nombre d’observations, ces anecdotes montrent que pour un jeune circaète (comme pour un adulte à l’évidence), il est bien plus facile de capturer une couleuvre qu’un lézard vert ou ocellé… Lorsqu’on voit un jeune circaète envolé quêter sans relâche du matin au soir les trois à quatre semaines qui précèdent son départ en migration, il est impensable que dans ce laps de temps, il n’ait pas capturé une à plusieurs couleuvres… Cas 1 : Stationnaires du jeune sur cette pente ; lapiaz calcaires avec buissons épars et zone à kermès. Il descend, se maintient avec de forts battements d’ailes au-dessus d’un arbrisseau au bord d’un repli rocheux. Effrayée, la proie s’enfuit et pénètre une petite zone de kermès à quelques mètres, suivie par le jeune. A peine est-il sur la proie – vigoureux battements d’ailes sur les kermès – que celle- ci quitte l’abri des kermès et en sens inverse regagne le pied de l’arbrisseau initial, à nouveau suivie du jeune. Trop tard, la proie convoitée a sans doute trouvé refuge sous le repli rocheux. Quelques battements d’ailes, puis le jeune se penche à la cime de l’arbrisseau. La densité de la végétation au ras du sol a évité à ce lézard ocellé (probablement) de se faire capturer. 18h00, le 14 septembre 1997. Garrigues de l’Hérault. Cas 2 : Vallon du nid. A l’amont de la rive gauche, le jeune fait des stationnaires sur le rebord du plateau. Il est à 20 ou 30 mètres du sol. Tout à coup, il bascule tête vers le sol et disparait à ma vue, masqué par des buissons. Il s’envole une couleuvre dans les serres et part directement au nid (invisible) rive droite… Entre 10h45 et 11h05, le 19 septembre 2007. Garrigue de l’Hérault. Cas 3 : Sur cette pente Nord-Ouest, le jeune chasse à environ deux cent mètres au Sud du vallon du nid, lorsque je passe dans le site. Je vais voir un autre jeune. De retour, au même endroit que précédemment, le jeune s’envole du bas de la pente une couleuvre qui semble encore vivante dans les serres. Peut-être vient-il de la capturer sur la route, raison pour laquelle comme un adulte il n’a pas pris la peine de la tuer. Il part au nid, caché dans le plus gros chêne vert. 14h15, le 22 septembre 2013. Garrigues de l’Hérault. Cas 4 : Le jeune apparait en vol venant du plateau qui domine le site. Long glissé sur le rebord de la plaine puis il revient dans le vallon du nid et chasse la rive droite. Stationnaires sur bruyères et blocs rocheux épais. A 16h40, il part en un long piqué accéléré (45°) puis attaque foudroyante, piqué vertical serres sorties et se pose sur un pierrier, à l’amont du deuxième vallon parallèle à l’Est du nid. Aussitôt, le jeune incline la tête vers les serres (la mise à mort) puis saisi la couleuvre par la tête qu’il triture La plume du circaète n°18 – Septembre 2019en la tirant vers le haut, faisant apparaître l’avant du corps (c’est ainsi que malgré l’éloignement, je vois ce que c’est). Après quoi, il la dépèce sans l’avaler. Du départ de l’attaque jusqu’au point de capture : plus ou moins 500 mètres mesurés sur carte. De 16h20 à 16h50, le 25 septembre 2013. Garrigues de l’Hérault. Cas 5 : A mon arrivée dans ce site de plaine, le jeune vole dans le vallon du nid. A peine suis-je arrêté que d’un vol glissé descendant, il part vers le sol disparaissant à ma vue derrière le bout de la petite barre rocheuse qui masque la piste en dessous. Il s’envole de suite avec une couleuvre (Malpolon mâle, semble- t-il) d’environ 80 centimètres dans les serres et vivante. En vol battu, il va se poser en haut du pierrier de la pente du vallon, derrière un chêne vert, mais visible. Il tue la couleuvre puis la dépèce… 15h50, le 8 septembre 2017. Garrigues de l’Hérault. Construction d’un nouveau nid après échec qui sera confirmé par la suite. Cas 2 : De 2011 à 2013, ce couple occupe un pin d’Alep situé tout au fond d’un vallon de garrigue. En 2014, ils construisent un nouveau nid sur un autre pin d’Alep en haut du même vallon. Ce beau nid repose sur une branche horizontale solide sans aucun appui latéral. De ce fait, il paraît très instable. Ils y élèvent pourtant trois jeunes consécutivement jusqu’en 2016. En 2017, la femelle est toujours sur l’œuf le 4 mai. Le 11 mai, Nicolas constate l’échec. Les vents des 6, 7 et surtout 8 mai sont sans doute responsables du très mauvais état du nid. Les 12 et 16 mai, les oiseaux construisent un nouveau nid, cette fois sur un chêne vert, toujours dans le même vallon. Dès le 11, Nicolas voyait la femelle posée préparant une branche. Discussion/conclusion : Dans les deux cas, 2014 et 2017, c’est quelques jours après l’échec (prédation, chute de l’œuf ?) que les oiseaux construisent un nouveau nid. Nous entendons par là, un nid entièrement construit et non pas le Cas 1 : Dans ce site du relief du Causse où l’autour prédate régulièrement, tous les nids sur conifère de ce couple sont situés au bas d’une pente très escarpée rive droite et tout à l’amont de cette étroite vallée. Le 26 juillet 2014, le jeune âgé de 55 ou 56 jours est couché sur le nid. Le 31 il n’y est plus. Le 3 août, un adulte vole au fond du ravin… Le 12 août, le couple construit un nouveau nid œuvrant sans relâche de 13h40 à 14h50. Quand je m’en vais, ils sont toujours actifs. L’emplacement choisi, même rive mais très à l’aval où le vallon s’élargit rejoignant la vallée principale, me laisse espérer qu’il n’y aura plus de prédation. Ce La plume du circaète n°18 – Septembre 2019 simple apport de quelques branches n’importe où quand les oiseaux cherchent un emplacement, ni la restauration d’un ancien nid. Dans le premier cas, quelques jours après on peut voir à la longue-vue (pin inaccessible) un nid où il n’y avait rien. Dans le deuxième cas, dans l’hiver qui suit, nous allons voir ce très beau nid déjà orné de feuilles de chêne vert et prêt à accueillir une ponte ! Soit parce que l’observateur espérait voir le jeune survivre (cas 1) ou que Nicolas croyait à une ponte de remplacement (cas 2), le suivi après l’échec permet de voir ces oiseaux construire un nouveau nid. Qu’en est-il dans les nombreux cas où après un échec avéré (incubation, poussin, jeune) et de par la charge de suivi nous n’allons plus dans les sites ? Sans entrer dans les détails, le jeune n’a pas survécu dans le premier site, il n’y a pas eu de ponte de remplacement dans le deuxième. L’année suivante deux jeunes se sont envolés dans ces nouveaux nids dont on peut dire, par empathie, de parents prévoyants… Jean-Pierre Céret et Nicolas Del Rox Un couple sur une corniche du Larzac © B.Berthemy 11Décantonnement d’un jeune circaète (2012) Ce couple occupe un long linéaire de pente exposé plein Nord, grande pente où dominent les chênes verts, puis viennent les chênes blancs et un petit boisement de pins noirs où curieusement nichent les oiseaux. Ce nid est dans le prolongement du fût (style Aigle botté) au départ des grosses branches principales. Jusqu’au 7 juillet, le jeune est sur le nid. Le 16, dépité je vois que le nid est vide. Ce jour-là, à 15h20, j’assiste à ce comportement : « Le mâle arrive un serpent au bec, se pose sur le nid et va sur le bord opposé à la vue de la femelle qui arrive et prend sa place initiale. Face au mâle, elle incline la tête vers la cuvette du nid. Le mâle laisse tomber le serpent et s’envole. La femelle prend le serpent, s’envole et pénètre dans la galerie arborée, à côté de l’arbre du nid, invisible. Puis elle s’envole sans le serpent… ». Le jeune est donc vivant. Mais où ? Au sol ou branché ?… Le lendemain, 17 juillet, aux aurores, je monte dans le site. Malgré la complexité du lieu – grande pente sans aucun repère – j’arrive à l’endroit souhaité. Un chablis, blanc de fientes, me fait voir où le jeune a longtemps séjourné. Le tronc de l’arbre du nid est assiégé par les « fourmis rouges ». Le jeune âgé de 56 jours est couché sur le sol plus haut dans la pente et m’observe. A mon approche il se dresse et tente timidement de me donner des coups de serres. Je le mets dans mon sac à dos au sol. Je choisis un chêne blanc à côté pour le mettre en sécurité, d’où je redescends bien vite couvert de fourmis rouges au point d’être obligé de me déshabiller etc… Un autre chêne blanc (sans fourmis) fait l’affaire. Je construis une belle assise de nid où je le mets en sécurité. Seul problème, la cime des pins noirs masque la vue du 12 chêne blanc. A peine suis-je au fond de la vallée qu’un adulte arrive et va le visiter, puis s’en va. Je pars content… Comme d’habitude dans ce site, le jeune devrait s’envoler à l’extrême fin juillet-début août. Pourtant après 17 visites, ce 10 août le jeune n’est toujours pas visible… « Le 11, à 16h26 le mâle apparait sur le plateau un serpent au bec, survole une zone d’apparente végétation inextricable bien plus à l’Est, puis le secteur du nid et part loin vers le Nord. Il réapparait à 16h45 le serpent toujours au bec, se pose sur un arbre de la zone dense survolée plus tôt, s’envole et repart plein Nord ! »… Le comportement du mâle fait comprendre que le jeune est là… Donc envolé, mais n’est-il pas en difficulté ? (coincé dans un épineux, etc…). Inquiétude… Viennent ensuite huit visites jusqu’au 16 août sans ne rien voir ! Le 17 août aux aurores, stressé, je remonte dans le site. Stupéfait, je constate qu’il n’y a aucune fiente sous l’assise du nid. Au contraire je découvre trois autres stations fientées au sol !… L’examen des lieux – aucun indice de prédation – confirme l’envol du jeune. En voiture je vais sur le plateau, traverse le matorral à pied pour gagner le rebord au-dessus de la zone dense marquée par le mâle. Impossible de descendre… Après quelques minutes d’attente, par deux fois j’entends les cris plaintifs du jeune… Je retourne dans la vallée, cette fois à hauteur de la zone dense d’où je vois le jeune s’envoler et se percher sur l’unique arbre sec de ce repli Nord Est et situé à 1 km à l’Est du site du nid… Par la suite et vingt visites effectuées jusqu’à son départ, c’est là que je le retrouve perché à l’arbre sec la plupart du temps ou en vol à proximité sans que jamais il ne retourne au site du nid. Comme les autres jeunes élevés par ce couple, il déserte le site très tôt, dans ce cas le 12 ou 13 septembre… Discussion-conclusion En 2004, en d’autres lieux, les chenilles du Bombyx disparate avaient mis à nu deux chênes verts abritant deux gros jeunes sans entrainer de sauts du nid… Au contraire, dans le cas décrit ci-dessus, il semble évident que le saut du nid soit imputable aux fourmis. Notons que dans quatre autres sites, les troncs du chêne vert supportant un nid ont été mangés de l’intérieur entrainant la mort de ces arbres et même dans un cas la chute de l’arbre. Pourquoi après l’avoir mis en sécurité sur un chêne blanc (à priori sans fourmis) ? Le jeune a-t-il ressauté ? Dans trois sites caussenards, il arrive qu’après l’envol du nid et suite à l’intrusion de l’Aigle royal (un site) ou de l’Autour (deux sites) le jeune quitte le site temporairement mais le regagne aussitôt le danger passé. Dans ce cas, en l’absence de ces deux plus dangereux ennemis, pourquoi n’est-il, une fois envolé, jamais retourné dans le site du nid ?… Laissons aux questions un peu de mystère… Après ces péripéties, on peut dire que sans être aussi dangereuses, les fourmis ont été, en définitive, plus impactantes… A ce jour, ce cas demeure le premier décantonnement avéré d’un jeune circaète… Nidification du circaète à 1,20 m du sol En 2011, ce couple construit un sixième nid (tous sur chênes verts) qu’ils occupent également en 2012 (deux jeunes élevés) avant de revenir en 2013 au cinquième nid. En 2014, suite à l’arrivée d’un couple d’Aigle royal, les circaètes ne se reproduisent pas. Le 21 juillet, avec Nicolas, nous La plume du circaète n°18 – Septembre 2019profitons de la visite dans le site pour aller voir ce nid. Sur ce chêne vert exposé plein Est le nid est en bout de branche légèrement descendante. Côté inférieur de la pente, il est véritablement scotché à un extraordinaire rideau vertical de salsepareille qui le maintient solidement. Vu sa faible hauteur, nous mesurons et constatons qu’il est à 120 cm du sol. Les moutons qui viennent dans le kermès devant l’arbre ni les sangliers n’ont empêché le bon déroulement de ces deux reproductions… Suivi annuel d’un couple non reproducteur (2017) Après l’arrivée des oiseaux dans un site vient le suivi pour voir si le couple se reproduit. Dès lors que nous constatons qu’il y a absence de reproduction, nous ne visitons plus le site ou très peu. Mais alors que deviennent les oiseaux ? Restent-ils dans le site ou le désertent-ils ? Sont-ils toujours liés ou désunis ? Tout simplement que font-ils ? Entre 2013 et 2016, en quatre ans, il y a eu trois absences de reproduction dans ce site. En 2017, l’observateur choisit de suivre ce couple de facile observation toute la saison. Peu après leur arrivée, les circaètes sont plus facilement visibles et actifs en début de matinée ou en fin d’après- midi. Pour des raisons pratiques (meilleure visibilité) c’est en fin de journée qu’ont lieu les séquences d’observation. Arrivée des oiseaux : Le suivi de 23 ans montre que lorsque le mâle est seul, il n’est pas obligatoirement visible. Il peut être encore en chasse et surtout caché à l’abri du vent et de la pluie, plus simplement inactif et invisible. Au contraire quand la femelle est là, il est rare que le couple ne soit pas démonstratif. Parfois également, la femelle peut ne pas être visible, dans ce cas, le comportement du mâle (cris, sifflets, excitation) nous fait bien comprendre qu’elle est présente. Le mâle est présent le 15 mars, la femelle le 26. Les neuf visites effectuées entre le 13 et le 23 mars excluent la présence de la femelle à cette date. Elle a donc pu arriver les 24 et 25 mars. Comportement des oiseaux : Dans ce site, les oiseaux utilisent trois nids. Entre les 15 et 23 mars, le mâle est observé quatre fois dans le site dont une fois (le 19) en festons à la vue des migrateurs… Le 26, le couple choisit le nid 1 et un accouplement est observé… Le 5 avril le mâle vole un rameau au bec sans aller au nid… Le 9, il va cette fois au nid un rameau au bec, prépare la cuvette puis va sur la femelle sans qu’il n’y ait (semble-t il) d’accouplement. Le 12… « La femelle est posée sur le nid, le mâle sur l’arbre sec proche et face à elle qui s’envole et vient à côté du mâle qui s’envole va au nid, saisit un beau serpent qu’il avale à moitié puis stationne longtemps sur le rebord du nid, regardant la femelle… Il s’envole et la rejoint sur la branche, la regarde puis s’avance vers elle, indifférente, qui regarde le nid, se positionne à côté serpent au bec et comme elle face au nid… Les deux oiseaux ne bougent plus ». Les 13 et 14, la femelle semble-t-il (de profil) est posée sur l’arbre sec face au nid, passive. Interruption du cycle reproducteur (avril-mai) ? : Dès le 16 avril, l’inoccupation continue du vallon du nid 1 est constatée. Curieusement dans ce site, qu’ils choisissent les nids 1 ou , après un échec ou une absence de reproduction, invariablement les oiseaux occupent les deux arbres secs proches du nid 2 (à chacun son arbre). C’est là que par la suite, exceptés cinq contacts d’un à deux oiseaux dans le vallon du nid 1 (les 22, 23, 28 avril et 2 et 5 mai) et jusqu’à fin mai, les oiseaux sont observés sans qu’il n’y ait plus aucun comportement reproducteur. Présence des oiseaux dans le site (juin) : Au mois de juin (27 visites), il n’y a que six contacts avec les oiseaux. La femelle est vu posée trois fois sur son arbre sec proche du nid 2 (les 1, 9 et 27), le mâle trois fois posé dont deux fois sur son arbre sec et une fois sur le rocher voisin (les 3, 4 et Un adulte de retour sur son site de nidification dans le Tarn, le 24 mars 2006 © C. Aussaguel La plume du circaète n°18 – Septembre 2019 1311). Notons la longue période avec absence d’observation du 12 au 26 juin (13 visites). Malgré un faible nombre de contacts on peut encore parler de présence dans le site. Abandon du site (fin juin-juillet- août) : En juillet (22 visites), ce n’est que le 23 qu’un individu est observé chassant en crête, puis le couple idem le 31. En août (15 visites), le couple est vu chassant en crête le 6, puis un individu idem et pour la dernière fois les 8 et 19. Du 27 juin (dernier stationnement observé) au 19 août (dernier contact avec un individu), il n’y a plus aucune observation d’individus posés dans le site. Notons là encore la longue période avec absence d’observation entre les 28 juin et 22 juillet (19 visites). Dès lors, on peut parler d’abandon du site. Départ des oiseaux : Les 25 visites effectuées sans aucun contact entre les 23 août et 23 septembre et après la dernière observation d’un individu (le 19 août) permettent de constater que le site est très probablement déserté entre les 20 et 23 août, soit dans ce cas un mois à un mois et demi plus tôt que lorsqu’il y a élevage d’un jeune… Discussion-conclusion : Le comportement des oiseaux dans le vallon du nid 1 – treize observations entre les 26 mars et 12 avril – ne permet pas de répondre à la question principale. Pourquoi le couple ne se reproduit pas ?… La passivité de la femelle – aucune recharge ou préparation du nid observée, ni aide au mâle, refus d’accouplement le 9 avril, refus de l’offrande le 12 avril – est-elle liée à la rareté des offrandes du mâle, causée elle-même par une diminution de la ressource ? S’agit- il d’un problème physiologique la 14 concernant ? De son âge avancé (couple suivi depuis 17 ans à cette date) ? L’absence totale d’observation des oiseaux en chasse dans la vallée (34 passages avec arrêt en allant visiter quatre autres sites), le suivi du jeune élevé plus au Sud dans la même pente (30 visites entre les 1er juin et 19 août) et d’où on voit facilement les oiseaux du site concerné s’ajoutent aux 59 visites effectuées dans le site même en juin-juillet-août… Au total, il n’y a donc que 11 contacts pour 123 visites à cette période. Ce qui confirme que dans ce cas, n’ayant pas de jeune à élever, les oiseaux s’absentaient pour de longues périodes… En 2018, le couple est arrivé à l’extrême fin mars et ne s’est pas reproduit. Les deux anecdotes qui suivent concernent le même site, où le circaète niche dans un vallon juste à la sortie du village. Lorsqu’il y a un jeune élevé, il est surveillé les matins de jours de chasse (quatre fois par semaine), du même point d’observation, à 300 mètres et derrière un écran végétal qui masque la partie aval du vallon côté village. Le chasseur chassé Jour d’ouverture de la chasse, 6h55. Le jeune est debout sur le nid et saute les ailes déployées. A 7h20 il s’envole à la cime des pins même rive et vers l’aval puis revient et se pose à la cime d’un pin à la confluence des deux bras que forme le vallon, à l’amont. A 8h00, des bruits de grelot qui se rapprochent venant de vers le village, côté aval. Le chasseur apparaît, chien au pied, bras armé, fusil en position horizontale, prêt à épauler et se dirigeant vers le jeune ! Il tourne la tête et me voit… un garde ? Aussitôt, il met le fusil en bandoulière et rebrousse chemin… Pourquoi ne continue-t-il pas de chasser ? A chacun de juger… mais comment faire confiance à un c… Que serait-il arrivé sans ma présence ? Je n’ai plus jamais revu le chasseur au contraire du jeune, observé à toutes les visites, encore présent l’après-midi du 8 octobre perché dans le cèdre sous une fine bruine… Le lendemain à 16h20 (jour sans chasse), le site était déserté… 14 septembre 2008. Causse Larzac méridional. Le circaète chassé 6h10 : le jeune est au perchoir nocturne (Pin sylvestre). Au lever du jour il s’envole et va à la cime d’un pin, de là au sol (capture d’un insecte) et retourne à un pin. Un chasseur apparait sur la crête, à l’amont. Le voyant, le jeune s’envole et va au sol au milieu de la grande pente-pelouse, à l’aval. Là il est bien, trop loin de la crête et du fond du vallon pour être tiré. Le chasseur disparait versant opposé. Des aboiements lointains. Tout à coup, un gros lièvre apparait sur la crête et descend la pente, non pas à gauche ni à droite mais droit sur le jeune qui se retourne et voit le lièvre foncer sur lui ! Effrayé, il s’envole, traverse le vallon et habitué à la présence de l’observateur vient se poser à la cime d’un pin, à 100 mètres. Il m’observe puis tourne la tête vers le danger et comme moi, voit le lièvre remonter la même pente mais tout à l’amont. A peine le lièvre a-t-il disparu que quatre chiens apparaissent sur la crête, à la queue-leu-leu et avec forces aboiements prennent la trace descendante du lièvre… Ça en est trop pour le jeune circaète qui, effrayé une nouvelle fois, s’envole et disparait à ma vue sur le flanc Est de la colline, derrière l’observateur… 17 septembre 2011. Causse Larzac méridional Jean-Pierre Céret La plume du circaète n°18 – Septembre 2019International Première nidification réussie en Suisse romande en 2017 La première nidification en Suisse a été prouvée dans le Haut-Valais en 2012 (Maumary et al. 2013). Malgré des tentatives de reproduction les années suivantes dans cette même région, avec présence du même couple que celui de 2012 affairé sur une aire au moins en 2015 et 2016, aucune des deux n’a été couronnée de succès (L. Maumary & J. Cloutier, comm. pers.). En 2017, une nouvelle nidification a pu être prouvée, dans le Valais francophone cette fois-ci. Notons que 2016 a vu sa première preuve de reproduction au Tessin (Rampazz i & Pagano 2017), tandis que deux couples au moins y ont de nouveau niché en 2017 (F. Rampazzi & L. Pagano, comm. pers.). Le premier Circaète valaisan de 2017 est vu le 19 mars par six observateurs. Le 28 mars, deux Circaètes sont observés ensemble pour la première fois ; l’un transportant une branche (N. & G. Delaloye). Le 6 mai, après des journées de recherche, l’aire est découverte. Le 22 août, le jeune quitte définitivement l’aire. Un affût photographique a été mis en place après l’éclosion du jeune et a permis de récolter des clichés des proies. Entre la date de pose et Nidification en 2017 à Visegrad (Hongrie) En Hongrie, le Circaète se reproduit en petit nombre dans les régions montagneuses, principalement dans les peuplements de chênes situés sur les pentes sud. Il occupe rarement les bois à plus basse altitude. Les collines de Visegrad bordent le Danube sur sa rive droite. Au cours du siècle dernier, l’espèce s’est probablement reproduite de manière continue en petit nombre (1 à 3 couples) dans la région, comme le prouvent les données trouvées dans la littérature. En 2015, 22 ans après le dernier nid connu, le nid de l’unique couple présent dans la région a été découvert. Ceci constitue donc la première nidification confirmée et documentée du circaète dans les collines de Visegrad au XXIe siècle. En 2017, le nouveau nid a été trouvé à 800 mètres de l’ancien à la jonction de deux tilleuls. C’est le premier cas connu de nid construit sur cette espèce d’arbre en Hongrie. De 2015 à 2018, le poussin a été bagué au nid et a pris son envol. Le 9 août 2018, un circaète est aperçu à proximité du nid. Bien que l’oiseau ait été photographié et filmé, sa bague n’a pas pu être lue à cause des fortes brumes de chaleur. Toutefois, cette observation est la première d’un oiseau portant une bague hongroise (bleue avec inscriptions blanches commençant par « A ») se présentant dans un territoire actif en Hongrie. Source: “Nesting of Short-toed Eagles in the Visegrád Hills in 2015-2018” Vince Schwartz. Lien vers l’article : https://short- toed-eagle.net/various-texts/ authors-o-z/schwartz-v-2018/ La plume du circaète n°18 – Septembre 2019 de démontage de l’affût (28 août), les 16 journées (120 heures) ont permis d’identifier 36 Vipères aspics, 6 Orvets fragiles et 1 Couleuvre d’Esculape. Avec 84 % des proies photographiées, le rôle primordial de la Vipère aspic pour les Circaètes valaisans est ainsi confirmé (83 % in Maumary et al. 2013). Source : R. Arlettaz, St. Mettaz & Kl. Agten : Première nidification réussie du Circaète Jean-le-Blanc en Suisse romande. Nos Oiseaux 65/3 – Septembre 2018 – N° 533. Le circaète redécouvert en Lituanie en 2018 Après plusieurs années de recherche, une aire de Circaète a été découverte le 23 juillet 2018 dans la région de Varenos. Sur le territoire actuel de la Lituanie, le dernier cas de reproduction documenté remonte à plus de 100 ans avec une aire connue près du village de Musteika, également dans la région de Varena, en 1915. Deux individus naturalisés sont présents au musée zoologique de Kaunas, l’un d’entre eux a été abattu près d’Onushkis et l’autre à Bezzdonis le 19 mai 1935 (Ivanauskas, 1959). Les années suivantes, des circaètes avaient été observés dans le pays en période de reproduction. De 1978 à 1997, des circaètes ont régulièrement été observés dans 15la réserve de Cepkeliu et dans les bois proches. Plus tard, au moins trois oiseaux ont été observés à Cepkeliai et dans les environs. De 1999 à 2004, dans la forêt de Rudninkai, 1-2 couples ont été observés durant toute la saison de reproduction. Cependant, faute de nid et faute de comportements reproducteurs, des ornithologues émettaient des doutes. Cette découverte en 2018 nous permet de dire avec assurance que les circaètes survivent en Lituanie. Source : Birdlife Lituanie. http:// birdlife.lt/gyvatedziai-augina- palikuonis-lietuvoje Disponibilité alimentaire et distribution des sites de reproduction en Italie En 2017, une étude a été menée dans le Latium, région d’Italie centrale où se concentrent les plus importantes populations nicheuses de circaètes du pays, afin de montrer les liens qui existent entre la reproduction des circaètes et à la fois la richesse en proies et les caractéristiques du paysage. Deux échelles ont été choisies pour mettre en évidence ces relations: celle du site de nidification (1 km2) et celle du paysage (25 km2). Les résultats ont montrés que les zones de reproduction étaient caractérisées par des altitudes plus basses, des pentes plus élevées et une richesse spécifique en serpents plus élevée que celles observées à l’échelle du paysage où l’on a des valeurs intermédiaires pour la richesse en espèces de serpents et pour la couverture boisée (avec un pic autour de 50%). Les sites sont donc placés aussi près que possible des zones de chasse. Une forte diversité d’espèces de serpents apparaît comme bénéfique pour le circaète car ces espèces peuvent être actives à différents moments (Ernst et al. 2012 ; Rocha et al. 2014) et/ou sélectionner différents micro-habitats (Gomes & Almeida- Santos 2012), ce qui augmente la probabilité que le prédateur contacte une proie potentielle. De plus, on peut supposer que les basses altitudes sont préférées en raison des températures plus élevées qu’elles offrent, ce qui favorise également l’activité des serpents. Dans le même temps, considérant que le Circaète attrape principalement la plus abondante des espèces en préférant les plus gros individus (Gil-Sanchez & Pleguezuelos 2001), il pourrait favoriser la richesse spécifique en serpents en régulant la taille des populations des serpents les plus communs et en réduisant la concurrence interspécifique entre les serpents par effet cascade. Source : Jacopo G. Cecere, Michele Panuccio, Andrea Ghiurghi, Ferdinando Urbano, Simona Imperio, Claudio Celada & Pascual López-López (2018) Snake species richness predicts breeding distribution of short-toed snake eagle in central Italy, Ethology Ecology & Evolution, 30:2, 178-186, DOI: 10.1080/03949370.2017.1323800 Réaction de B.Joubert: Les auteurs s’avancent un peu vite sur deux points. D’abord, la relation température/proie/présence circaètes. Quand il fait trop chaud, les serpents ne sortent pas (problème de thermorégulation). Les circaètes ne fréquentent pas forcément les secteurs les plus chauds. Ensuite, la proximité des sites de nidification avec les zones de chasse. En Israël, les zones de chasse de couples nichant dans les collines de Judée sont situées à 30 km de là ! Donc la relation richesse en proie et proximité des sites n’est pas généralisable. La plume du circaète est réalisé et édité par la Mission rapaces de la LPO : 26 boulevard Jourdan Parc Montsouris 75014 Paris Tél : 09 72 46 36 19 – Mail : rapaces@lpo.fr Conception et réalisation : Nicolas Duquet, Renaud Nadal Relecture: Bernard Joubert, Jean-Pierre Malafosse, Yvan Tariel Photo de couverture : Bruno Berthémy LPO©2019 – ISSN 2266-386X Reproduction interdite, quel que soit le procédé, sans autorisation écrite de l’éditeur. http://www.lpo.fr 16 La plume du circaète n°18 – Septembre 2019

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